Tradition : l’Essani un rituel Ekang qui divise

Au cours d’un deuil qui s’est tenu aux environs de Nkoabang, le 25 juillet 2026, deux patriarches ne se sont pas accordés sur la danse rituelle d’accompagnement du mort.

Cette dispute s’est déroulée en langue « kolo », communément appelée l’« ewondo ». « Blasphème, blasphème, blasphème ! Arrêtez-moi cette mascarade. Vous jouez l’Essani pour un bébé. Quelqu’un meurt à trente ans et vous jouez l’Essani. Vous avez perdu la tête ou quoi? », hurle le patriarche Mani. Ce dignitaire, venu de Binguela pour le deuil de son neveu de 27 ans, du côté de Nkolo I, vers Nkoabang, dans l’arrondissement de Nkolafamba, ne peut accepter de voir la coutume piétinée. Il exige que l’on cesse de jouer cette musique funèbre: « Au lieu de repousser la mort, vous l’appelez plutôt », martèle-t-il.
Devant l’assistance venue pour l’inhumation de Christian, ce gardien de la tradition rappelle les circonstances dans lesquelles on joue l’Essani. Selon lui, il faut d’abord avoir atteint un certain âge, c’est-à-dire être parvenu à maturité : « On nous a appris, et c’est toujours ainsi, que seule une personne qui a assez vécu reçoit cet honneur. » L’autre critère concerne la vie du défunt: « A-t-il laissé une maison ? A-t-il défriché un champ? S’est-il marié? A-t-il laissé des enfants? » Autre argument, et non des moindres: son rapport avec la société. « Le défunt avait-il une vie exemplaire? », interroge avec élégance le patriarche dans la cour du deuil. Il profite d’ailleurs de l’occasion pour donner une leçon aux jeunes: « C’est surtout pour vous, les jeunes, que je tiens ce discours », poursuit le patriarche Mani.
Après cette prise de parole inopinée, un silence de cimetière s’installe dans la cour du deuil. Les batteurs de tam-tam sont perdus. Le maître de cérémonie, Mbi Ntoum, le patriarche Noah, ne partage pas cet avis et n’accepte pas que l’on perturbe la cérémonie. « Dans ma cour, je n’accepte pas les écarts de comportement. C’est moi, en tant que Zomlo’o Mvog-Manga et détenteur des pouvoirs traditionnels, qui ait demandé aux batteurs de jouer l’Essani. Le défunt, qui n’est autre que mon petit-fils, laisse un enfant et il avait déjà doté sa femme, ce qui équivaut à un mariage. J’estime qu’à son jeune âge, il avait fondé une famille. » Cette voix dissonante crée un tohu-bohu, divisant de fait l’assistance en deux blocs antagonistes.
Quand les uns prennent le parti du patriarche Mani, d’autres soutiennent le patriarche Noah; seuls les jeunes restent dibutatifs durant le deuil. Les batteurs, pris de peur, refusent de jouer. Ils demandent aux protagonistes de s’accorder avant de reprendre: « On est dans la sorcellerie. Je ne joue plus tant que la situation ne s’arrange pas », indique Zélé, le chef du groupe. C’est l’arrivée du prêtre qui va calmer les esprits. Mais le débat ne fait que commencer.
André Gromyko Balla


