Cérémonie d’invitation à l’Extrême-Nord : 2 160 jeunes Moundang sortent de la brousse sacrée dans le Mayo-Kani
Samedi 8 août 2026, à Boboyo, plus de deux mille jeunes hommes ont surgi de la brousse sacrée, le visage marqué par l’épreuve et le regard brillant de fierté. La culture Moundang s’affirme comme le bouclier d’une société confronté aux dérapages sociétaux contemporains.

Après un mois d’isolement total, d’initiations rudes et d’enseignements secrets, les 2160 initiés Moundang ont été accueillis par des youyous stridents, des larmes et des danses qui ont transformé le village en un océan d’émotion. Sous l’autorité de S.M. Gong Kazi Maïna, la communauté a célébré non seulement le retour de ses fils, mais la victoire de sa culture face au temps.
Dans les 14 lawanats du Mayo-Kani, l’événement a pris des allures de renaissance collective. Bouba Zolly, élite de Boboyo commente : « pendant plus de trente jours, nos enfants ont disparu du monde moderne. Pas de téléphones, pas de réseaux sociaux, pas de confort. Nous les avons plongés dans les secrets originels de la brousse, des aînés et des épreuves destinées à forger chez eux le courage, le respect des aînés et le sens des responsabilités communautaires. Ils sont maintenant ressortis transformés et porteurs d’une mémoire vivante ».
Pour Sa Majesté Gong Kazi Maina, il s’agit d’une transmission de savoir transgénérationnelle : « nous n’avons pas seulement formé des hommes, nous avons planté des racines qui ne mourront jamais », a déclare-t-il, lors de la cérémonie de sortie. Debout face à la foule compacte, le souverain poursuit d’une voix ferme : « ces 2 160 jeunes ont appris ce que signifie être Moundang. Ils savent maintenant qui ils sont, d’où ils viennent et ce qu’ils doivent transmettre. Dans un monde qui change trop vite, notre initiation reste le bouclier de notre identité. J’en suis fier. Et la communauté entière en est fière».
Les retrouvailles sont poignantes. Des mères sont en larmes en serrant leurs fils. Des pères posent la main sur l’épaule de leurs enfants devenus hommes. Dans chaque lawanat, la fête a duré jusqu’à la tombée de la nuit, mêlant chants anciens et danses guerrières.
Pour Haman Appolinaire, fils Moundang, enseignant au Lycée de Wouro-Tchédé à Maroua, « l’initiation Moundang, loin d’être une simple tradition folklorique, reste un rite de passage majeur dans l’Extrême-Nord. Elle transmet l’histoire du peuple, les codes de discipline, les valeurs morales et le sens du devoir envers la communauté. En ancrant plus de deux mille jeunes dans ce patrimoine, la cérémonie de Boboyo rappelle que la culture Moundang n’est pas un vestige du passé, mais une force vivante capable de résister aux pressions contemporaines ».
Les organisateurs soulignent que le nombre record d’initiés cette année témoigne d’un engouement renouvelé des familles. Malgré l’urbanisation et l’influence des réseaux sociaux, de nombreux parents continuent d’envoyer leurs fils dans la forêt sacrée, convaincus que cette expérience forge des citoyens responsables et fiers de leurs origines.
Au-delà de la ferveur du jour, l’événement pose une question plus large : comment les communautés du septentrion camerounais parviennent-elles à maintenir des rites aussi exigeants dans un environnement en mutation rapide ? La réponse, selon Pagou Gérard, un aîné présent à Boboyo, réside dans la transmission continue. « Tant que nos fils passeront par la forêt, notre peuple vivra », résumé-t-il.
Samedi 8 août 2026 restera gravé dans les mémoires du Mayo-Kani. Non seulement comme le jour où 2 160 jeunes sont rentrés chez eux, mais comme le jour où toute une communauté a réaffirmé, haut et fort, que ses racines sont plus fortes que les vents qui viennent de l’occident.
Tom


