Yaoundé : Planches en hausse, bâtisseurs en déroute

Dans la capitale camerounaise, le bois flambe, et les chantiers grincent des dents.

À Yaoundé, le bois de construction n’est plus seulement une affaire de charpente : c’est devenu un sujet de portefeuille. Dans les périphéries de la capitale, les clients découvrent, parfois au moment de passer à la caisse, des prix revus à la hausse. À Mendong II, Marc pensait acquérir une planche de coffrage de premier choix à 4 500 FCFA. Il repart avec une facture de 4 700 FCFA la pièce. Pour 50 planches, l’addition grimpe de 10 000 FCFA. « Pourquoi une hausse aussi brutale ? Les pauvres ne vont plus construire dans ce pays », ironise-t-il, entre colère et résignation. Face aux protestations, les vendeurs ont trouvé leur bouc émissaire : les agents des eaux et forêts. Dianne, vendeuse de lattes, renvoie ainsi les mécontents vers le ministère des Forêts : « Va te plaindre au ministère des Forêts. » Pratique : quand le bois monte, c’est toujours la forêt qui parle.
Attui
Pour Ernestine, venue acheter le bois nécessaire à la charpente de sa maison près du CES de Mendong, la douche froide est encore plus salée. Le bastin d’Attui, essence très recherchée sur le marché, lui est proposé à 6 800 FCFA, soit 300 FCFA de plus qu’auparavant. « Ne me tue pas, ma sœur, les hommes en vert nous mènent la vie dure », plaide Dianne, avant de promettre un geste commercial si la cliente achète en quantité. Ernestine préfère cependant faire le tour des dépôts. Même déconvenue pour Ondoa, entrepreneur installé du côté de Lada, près de Nkoabang. Son devis avait été établi et entièrement financé par son employeur résidant en Belgique. Mais entre le devis et le chantier, le bois a changé de prix. Le vendeur Jonas invoque les difficultés d’acheminement depuis les villages d’Ayos : routes dégradées, contrôles multiples et risques pour faire parvenir les chargements jusqu’à Yaoundé. Une explication qui laisse Ondoa de bois, mais surtout de fonds : « Le surplus d’argent entre totalement dans l’achat des planches. »
Domino
La flambée ne s’arrête pas au dépôt. Elle se propage jusqu’aux menuiseries, comme une étincelle sur un tas de sciure. Au carrefour Nkongoa, l’unité de papa Godefroy facture désormais 250 FCFA le rabotage d’une planche, contre 200 FCFA auparavant. Cinquante francs de plus, ici, quelques centaines là : l’effet domino commence à peser sur toute la chaîne du bâtiment. Pour les ménages, chaque planche supplémentaire devient une petite épreuve budgétaire ; pour les entrepreneurs, une marge qui fond comme sciure au soleil. Derrière cette bataille de prix se dessine une réalité plus préoccupante : lorsque le coût du bois s’envole, c’est toute la construction qui finit par payer. Et dans une ville où se loger coûte déjà cher, le moindre surcoût peut transformer un chantier ordinaire en casse-tête financier.
André Gromyko Balla



