Yaoundé : les ordures font tas, l’État fait face

Dans la ville, les poubelles débordent, les rues suffoquent et les réunions se multiplient. Le gouvernement découvre, une fois encore, que les ordures ont une fâcheuse tendance à toujours revenir.

Au petit matin, Yaoundé ressemble à une aquarelle encore humide. La brume s’accroche aux collines, les taxis jaunes se faufilent dans les embouteillages et les commerces lèvent leurs rideaux. Mais, au bord des routes, un autre décor s’impose : sacs éventrés, bouteilles, cartons détrempés, restes de nourriture. La capitale aux sept collines s’est offert quelques reliefs supplémentaires, en plastique et en putrescibles. Dans plusieurs quartiers, les habitants contournent les amas de déchets avec l’agilité de coureurs de fond. Les odeurs, elles, ne connaissent ni frontières administratives ni heures de pointe. Elles circulent librement.
Débordement
Le chiffre donne le vertige : Yaoundé produit autour de 3 000 tonnes de déchets ménagers et assimilés par jour. Or, la collecte ne couvre qu’une partie de cette production. Les données disponibles font état d’un taux de couverture d’environ 45 %.
Le contrat de collecte porte, selon un rapport consacré à la gestion urbaine des déchets, sur environ 1 700 tonnes quotidiennes. Le calcul est cruel : à la production de la ville répond une capacité de ramassage nettement inférieure.
Le directeur général d’Hysacam, Jean-Pierre Ymele, résumait ainsi le problème : « Les objectifs contractuels de collecte sont inférieurs à la production réelle des déchets. » Selon lui, quelque 20 000 tonnes supplémentaires d’ordures ménagères s’ajoutent chaque année à Yaoundé. La ville produit donc davantage de déchets tandis que le système peine à suivre. Une sorte de course-poursuite dont les ordures connaissent déjà le vainqueur.
Constat
Les difficultés ne tiennent toutefois pas uniquement au nombre de camions. Étalement urbain, embouteillages, insuffisance des points de regroupement, dépôts sauvages et difficultés d’accès à certains quartiers compliquent la collecte.
À cela s’ajoute l’incivisme. Certains habitants continuent de transformer les caniveaux, terrains vagues et bas-côtés en décharges improvisées. « Quand le bac est plein et que les camions ne passent pas, les déchets restent là », déplore un riverain d’un quartier périphérique. « On finit par vivre avec les odeurs et les mouches. » Une habitante résume autrement cette résignation : « On nettoie aujourd’hui et, quelques jours après, les mêmes tas réapparaissent. » Ces témoignages disent une chose simple : pour les populations, l’ordure n’est pas une statistique. Elle est devant la maison, sous la fenêtre, au bord du marché.
Énième alerte
Face à cette situation devenue difficile à dissimuler derrière les discours, le gouvernement a décidé de reprendre le dossier à bras-le-corps.
Le 28 août dernier, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a réuni les administrations concernées par la gestion des déchets dans la capitale. À la table : notamment les ministres Georges Elanga Obam et Célestine Ketcha Courtès, ainsi que les autorités administratives et municipales de Yaoundé. Cette concertation intervient au lendemain d’un Conseil de Cabinet au cours duquel le Premier ministre a déploré l’état d’insalubrité de la capitale.
Puis est venu le moment du terrain. La délégation s’est rendue dans Yaoundé III et Yaoundé VI, deux arrondissements particulièrement touchés par l’accumulation des déchets.
Refrain
Le scénario est désormais familier : les ordures s’accumulent, les habitants protestent, les autorités alertent, les responsables se réunissent, les camions arrivent puis le cycle recommence. Pour un expert de la gestion urbaine, le problème ne peut être réglé par les seules opérations ponctuelles. « Il faut agir sur toute la chaîne : production, pré-collecte, collecte, transport, traitement et valorisation des déchets », estime-t-il.
Car Yaoundé ne manque plus de diagnostics. Elle manque surtout d’une mécanique durable capable de transformer les annonces en ramassage quotidien. « La capitale camerounaise mérite mieux que cette poésie nauséabonde. Ses collines devraient porter des arbres, ses rues des passants et ses carrefours des commerces. Pas des montagnes de déchets. À force d’attendre que les poubelles débordent pour sonner l’alarme, Yaoundé risque simplement de devenir la seule ville où les ordures ont, elles aussi, leur plan d’urbanisme », ironise une dame.
Ongoung Zong Bella



