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Afrique centrale : Paris « recherche »son influence, Pékin encaisse des dividendes

À quelques mois de la présidentielle française de 2027, Emmanuel Macron joue les prolongations sur le terrain africain. Le 13 octobre 2026, à l’Élysée, le président français et son homologue tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno, ont acté la relance de leur coopération militaire, après la rupture des accords de défense et le départ des soldats français début 2025.

Paris veut préserver ses positions stratégiques en Afrique centrale, quitte à troquer les bottes militaires contre la formation, l’expertise et les technologies. Une manière de rester dans le jeu après avoir perdu une partie de l’échiquier. Mais attention : renouer le dialogue ne signifie pas retrouver son fauteuil. Dans cette partie, N’Djamena entend aussi dicter les règles. Et l’époque où une poignée de main franco-africaine suffisait à faire croire que tout était réglé appartient davantage aux archives qu’à la géopolitique contemporaine.

Le véritable recul français se mesure toutefois moins dans les casernes que dans les marchés. Au Cameroun, les échanges commerciaux avec la France ont atteint 1,3 milliard d’euros en 2025, en progression de 25 % selon les chiffres présentés. Pourtant, la part française dans les importations camerounaises était tombée à 5,9 % en 2024. Le paradoxe est savoureux : le commerce progresse, mais la France perd du terrain face à la Chine, à l’Inde et à la Belgique. La Turquie et les pays du Golfe avancent également leurs pions. Pékin, lui, ne se contente pas de disserter sur l’amitié entre les peuples : il propose des infrastructures, des équipements et des contrats. Dans cette bataille, le passé historique ne constitue ni une garantie de marché ni un abonnement à vie.

La nostalgie coloniale, même soigneusement emballée dans le papier cadeau de la coopération, ne paie pas les factures.
Pourtant, Paris conserve des atouts : la langue française, les réseaux universitaires, ses entreprises implantées de longue date et les financements de l’Agence française de développement. Mais les milliards annoncés ne se transforment pas automatiquement en emplois, en usines ou en routes praticables. Le sommet Africa Forward de Nairobi, en mai 2026, a promis un partenariat renouvelé, davantage tourné vers l’investissement, l’innovation et la jeunesse. Encore faut-il passer des discours aux résultats. Car les populations africaines ne vivent ni de communiqués conjoints ni de photographies officielles. Elles attendent des emplois décents, des infrastructures fonctionnelles et des transferts de compétences. Quant aux gouvernements d’Afrique centrale, ils ont une responsabilité majeure : profiter de la concurrence entre partenaires sans remplacer une dépendance ancienne par une dépendance nouvelle. Changer de fournisseur ne suffit pas à conquérir sa souveraineté ; encore faut-il savoir négocier les prix, contrôler les contrats et défendre ses intérêts.

L’héritage africain d’Emmanuel Macron se jouera donc sur une question simple : aura-t-il réussi à bâtir des relations durables ou seulement à organiser quelques retrouvailles diplomatiques avant son départ de l’Élysée ? Le rapprochement avec le Tchad constitue un signal, pas une reconquête. En 2027, le président français pourra revendiquer des portes rouvertes, mais il ne pourra pas décréter le retour de l’influence française. L’Afrique centrale n’est plus un salon où Paris choisit les invités, sert le menu et présente l’addition. Elle entend désormais sélectionner ses partenaires, comparer leurs offres et réclamer des résultats. La France a encore sa place dans cette nouvelle configuration, à condition de comprendre qu’elle n’est ni automatique ni exclusive. Le temps des privilèges hérités s’efface : désormais, pour rester à la table africaine. Paris devra convaincre, et cette fois, le carnet d’adresses ne remplacera pas le carnet de commandes.

Jean-René Meva’a Amougou

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