Déplacement humain durable : Casse-tête pour le Cameroun
À travers le pays, plus de 84 % des réfugiés vivent en exil depuis plus de cinq ans. Entre raréfaction des financements humanitaires, insécurité persistante et difficultés de rapatriement, la recherche de solutions durables s’annonce complexe.

Le Cameroun est confronté à une crise humanitaire qui s’installe dans la durée. Sur son territoire, plus de 412 000 réfugiés, principalement originaires de République centrafricaine et du Nigeria, ont trouvé refuge pour échapper aux violences armées. Pourtant, pour une grande partie d’entre eux, l’exil est devenu une situation prolongée. Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 84 % de ces personnes vivent au Cameroun depuis plus de cinq ans, tandis que 8 % y séjournent depuis plus de quinze ans. Des chiffres qui illustrent les difficultés à trouver des solutions pérennes à leur déplacement.
L’aide humanitaire sous pression
Cette présence prolongée met à rude épreuve les mécanismes de prise en charge. Conçue pour répondre aux urgences, l’aide humanitaire peine à satisfaire durablement les besoins de populations dont le retour dans leur pays d’origine reste incertain. « L’aide humanitaire sauve des vies, mais elle n’a jamais été conçue pour soutenir durablement les populations sur une période indéfinie », rappelle le HCR, le 15 octobre 2026.
À cette difficulté s’ajoute la baisse des financements internationaux, qui réduit les capacités d’intervention des agences humanitaires. En 2025, le plan de réponse humanitaire pour le Cameroun nécessitait 359,3 millions de dollars. Seuls 93,6 millions de dollars ont été mobilisés, soit un taux de couverture de 26,1 %. Ce déficit financier compromet la continuité des programmes d’assistance, alors même que les besoins demeurent importants.
La situation est aggravée par la multiplication des conflits dans le monde et les conséquences des chocs climatiques et environnementaux. Ces crises mobilisent davantage de ressources, accentuent les vulnérabilités et rendent les perspectives de financement de plus en plus incertaines. Pour les réfugiés accueillis au Cameroun, le risque est de voir leurs conditions de vie se dégrader à mesure que les ressources disponibles diminuent.
Déplacements internes
Le Cameroun doit, en outre, faire face à ses propres urgences humanitaires. Les violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les attaques armées dans l’Extrême-Nord et les crises climatiques ont contraint plus d’un million de personnes à quitter leurs foyers. Cette situation exerce une pression supplémentaire sur les ressources naturelles, les infrastructures et les services sociaux.
Dans les localités d’accueil, la cohabitation entre déplacés et populations hôtes peut également devenir difficile lorsque les ressources se raréfient. La pauvreté, l’insécurité alimentaire et les tensions communautaires figurent parmi les conséquences de cette accumulation de vulnérabilités. Le défi consiste donc à répondre simultanément aux besoins des réfugiés étrangers et à ceux des Camerounais contraints de fuir leurs domiciles.
Le rapatriement, une issue encore incertaine
Les préoccupations sécuritaires compliquent davantage la gestion de la crise. Par le passé, les autorités camerounaises ont refoulé des ressortissants nigérians qui cherchaient refuge sur le territoire national, dans un contexte marqué par les soupçons liés aux activités de Boko Haram. La protection des personnes déplacées doit ainsi composer avec les impératifs de sécurité aux frontières.
Pour les réfugiés centrafricains, le rapatriement volontaire et sécurisé constitue une autre piste de sortie. En juillet dernier, une commission tripartite réunissant le Cameroun, la République centrafricaine et le HCR a examiné les obstacles à la reprise des opérations de retour. Les discussions, auxquelles a participé la ministre centrafricaine de l’Action humanitaire, de la Solidarité et de la Réconciliation nationale, Josiane Lina Bemaka-Soui, ont notamment porté sur les modalités d’application d’un calendrier arrêté d’un commun accord.
Yaoundé souhaite accélérer le processus, conformément au Plan régional de solutions 2024-2028, qui prévoit jusqu’à 300 000 retours. Bangui, de son côté, sollicite un délai supplémentaire. Une divergence de calendrier qui souligne la complexité d’une opération nécessitant des garanties de sécurité, des conditions d’accueil adaptées et une réintégration effective des personnes rapatriées.
Au-delà des retours, la recherche de solutions durables suppose également de renforcer l’autonomie des réfugiés, de favoriser leur accès aux services essentiels et de soutenir les communautés qui les accueillent. Car, tant que les conflits persistent dans les pays d’origine et que les financements humanitaires restent insuffisants, l’exil risque de se prolonger. Pour le Cameroun, l’enjeu est désormais de concilier protection des réfugiés, assistance aux déplacés internes et préservation de la cohésion sociale, dans un contexte où les ressources ne suivent pas toujours l’ampleur des besoins
Louise Nsana



