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Corruption au Cameroun : l’Etat perd 6 milliards de FCFA, les ripoux empochent 768 milliards

Le 15è rapport sur l’état de la lutte contre la corruption révèle une progression du fléau et une explosion du blanchiment d’argent. Le préjudice financier subi par l’Etat est en hausse de plus de 2 milliards de FCFA sur un an alors que d’autres formes de criminalité s’affirment.

Légende : Au Cameroun, la corruption se porte bien et le blanchiment d’argent explose.
« La peur du gendarme est le début de la sagesse », dit un adage. Manifestement cette sagesse tarde à pénétrer le corps social chez nous. Le rapport sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2025 publié par la Commission nationale anti-corruption (Conac) le 8 octobre 2026 révèle que l’Etat subi un préjudice financier évalué à 6 271 017 456 FCFA du fait des pratiques de corruption. Il était de 4 061 806 711 FCFA en 2024. L’institution a reçu et exploité 8036 dénonciations (contre 10 520 en 2024).
Selon ses analystes, sa pratique favorite porte un nom savant : la concussion, c’est-à-dire faire payer ce qui est gratuit. Autres mauvaises pratiques très utilisées : l’abus de fonction qui se traduit par la rétention abusive des dossiers, le détournement des deniers publics, le trafic d’influence qui donne lieu à la prise de décisions peu objectives et l’enrichissement illicite. L’analyse des dénonciations reçues par courrier administratif fait ressortir que les Affaires foncières, la Fonction publique, les Finances, l’Education, les Marchés publics, l’Eau et l’Energie, la Santé publique, le Commerce, les Forêts et la Faune et les Transports forment le Top 10 des secteurs où le fléau sévit le plus.

En riposte, la Conac effectue 22 Actions par voie d’intervention rapide pour le cas de constat de flagrance (-50%) ; organise 02 cliniques anti-corruption et mène 11 enquêtes approfondies. 20 autres administrations prennent des décisions réprimant les actes de corruption. En tout, 537 agents publics sont sanctionnés au cours de cette période, contre 298 en 2024.
Malgré la sophistication des formes de délinquance et de criminalité financières utilisées par les agents véreux et les trafiquants pour masquer l’origine délictuelle de leurs opérations et avoirs financiers, les sentinelles de l’Etat ne baissent pas les bras. Le rapport révèle qu’en 2025, l’Agence Nationale d’Investigations Financières (Anif) recoit 1 764 déclarations d’opérations suspectes (DOS), en hausse de 8,88% sur un an.

Voleurs en col blanc
Un fait marquant est la participation des sociétés de paiement en ligne. « Il est symboliquement important car il démontre que les nouveaux modes de paiement digitalisés commencent à être intégrés dans le dispositif national de lutte contre la criminalité financière », note le rapport.

L’exploitation des DOS a permis de mettre en évidence des flux financiers de plus de 768 458 425 861 FCFA. C’est plus du double des flux repérés en 2024, soit 360 172 555 129 FCFA. La Conac souligne que contrairement aux années précédentes, ces fraudes ne se limitent plus aux infractions fiscales et douanières. « Elles englobent désormais de manière significative d’autres formes de criminalité, notamment la criminalité environnementale, à travers l’exploitation et la commercialisation frauduleuse d’espèces sauvages, ainsi que les trafics liés aux ressources minières, en particulier l’or».

La cartographie de ce fléau aurait pu être plus exhaustive si la lutte avait eu l’adhésion de toutes les parties prenantes. « Sur 270 entités saisies en vue de l’élaboration du présent rapport, seulement 112 ont donné suite aux demandes. 158 n’ont pas donné de réaction », déplore le président de la Conac, Rev Dieudonné Massi Gams. Non sans rappeler que les ravages de la corruption dans la société : « Elle sape les fondements des institutions démocratiques en faussant certaines élections ; elle crée certains appareils bureaucratiques dont l’une des fonctions tend à être la sollicitation de pots-de-vin ; elle ralentit le développement économique en décourageant certains investisseurs étrangers ; elle affaiblit les systèmes de santé et les systèmes éducatifs ; elle place la plupart de petites et moyennes entreprises dans l’impossibilité de prospérer ».

P. Nsoa

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