A la uneENTREPRISEPANORAMA

Agri-numérique : les femmes du Grand Nord veulent transformer leurs champs en entreprises

Réunies à Yaoundé du 21 au 23 octobre 2026 à l’occasion du Salon de l’entrepreneuriat féminin agri-numérique, les participantes venues des régions septentrionales veulent acquérir une véritable autonomie économique.

Les femmes au cœur de la révolution numérique

À l’heure où le Cameroun cherche à moderniser son agriculture et à renforcer l’entrepreneuriat féminin, le pari de l’agri-numérique suscite de plus en plus d’espoir. Pendant trois jours à Yaoundé, le Salon de l’entrepreneuriat féminin agri-numérique rassemble une centaine de jeunes femmes porteuses de projets agricoles ou agroalimentaires autour d’ateliers de formation, de rencontres d’affaires et de séances de coaching.

Pour les participantes venues de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua, cette initiative représente une occasion rare d’acquérir des compétences souvent difficiles d’accès dans leurs localités. « Dans nos villages, nous savons produire. Ce qui nous manque souvent c’est la manière de vendre nos produits, de trouver de nouveaux clients et d’obtenir des financements », confie Aïssatou Hamadou, jeune transformatrice de céréales originaire de Maroua. « Aujourd’hui, nous découvrons que le téléphone portable peut devenir un véritable outil de travail et pas seulement un moyen de communication ».

Dans les régions septentrionales, les femmes jouent un rôle essentiel dans l’économie rurale. Elles cultivent, transforment, commercialisent et assurent souvent la gestion quotidienne des revenus familiaux. Pourtant, une grande partie de ces activités demeure informelle et génère des marges limitées. Selon les organisateurs, l’objectif du Salon est justement d’aider les participantes à franchir une nouvelle étape. « Nous voulons que les femmes ne soient plus simplement des productrices mais de véritables cheffes d’entreprise capables de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur », explique Louise-Renée Thobi, secrétaire générale de la Confédération des Ministres de la Jeunesse et des Sports de la Francophonie (CONFEJES). « L’agriculture demeure une filière essentielle de notre économie tandis que les technologies numériques offrent de nouvelles possibilités. En associant ces deux domaines, nous pouvons moderniser les chaînes de valeur et renforcer la compétitivité des entreprises féminines ».
Cette approche séduit de nombreuses participantes qui voient dans la transformation agroalimentaire un moyen d’accroître leurs revenus. « Quand nous vendons seulement le maïs ou l’arachide à l’état brut, nos bénéfices restent faibles », observe Dagalak Delphine. « Si nous transformons ces produits et que nous pouvons les commercialiser plus largement, la valeur ajoutée est beaucoup plus importante ».

L’un des principaux obstacles rencontrés par les femmes rurales reste l’accès aux débouchés commerciaux. Dans plusieurs localités du Nord-Cameroun, les productrices dépendent encore de marchés de proximité où les prix fluctuent fortement. Pour les expertes intervenues au Salon, les outils numériques peuvent contribuer à réduire cet isolement économique. « Aujourd’hui, une entrepreneure n’est plus obligée d’attendre qu’un client se déplace jusqu’à son exploitation », souligne une formatrice spécialisée dans le marketing digital. « Les réseaux sociaux, les plateformes en ligne et les paiements numériques permettent de toucher des clients situés dans d’autres villes, voire dans d’autres pays ».

Cette perspective enthousiasme les participantes. « Je produis du lait transformé à Garoua », raconte Dagalak Delphine. « Jusqu’à présent, mes ventes se faisaient presque exclusivement dans mon quartier. J’ai appris ici comment présenter mes produits sur les réseaux sociaux et comment échanger avec des acheteurs potentiels à distance».

Si la formation constitue une avancée importante, les entrepreneures rappellent que la question du financement demeure centrale. « Beaucoup d’entre nous ont déjà des activités qui fonctionnent, mais nous ne disposons pas du capital nécessaire pour les développer », explique-t-elle. « Les banques demandent souvent des garanties que nous ne possédons pas».

Conscients de cette réalité, les organisateurs ont intégré au programme des séances de présentation de projets devant des partenaires financiers ainsi que des rencontres B2B destinées à rapprocher les entrepreneures des investisseurs et des réseaux d’affaires. « Une bonne idée ne suffit pas », souligne un conseiller en accompagnement entrepreneurial présent à l’événement. « Il faut également savoir présenter son projet, démontrer sa rentabilité et construire un réseau de partenaires capables d’accompagner sa croissance ». Pour les participantes du Nord-Cameroun, l’enjeu est clair : transformer le savoir acquis en entreprises viables.

Tom

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page