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Argent volé en cavale : le Cameroun lance la chasse mondiale avec Interpol

Déterminé à récupérer des milliards évaporés dans les circuits opaques, le pays active ses réseaux internationaux et s’attaque, entre espoir et obstacles, aux fortunes clandestines cachées à l’étranger.

Le Cameroun ne veut plus seulement courir après les délinquants financiers : il veut désormais courir après leur argent, jusque dans les coffres feutrés des banques étrangères. En s’adossant à Interpol, Yaoundé engage un virage stratégique dans la lutte contre les flux financiers illicites, avec un objectif simple qui est de faire revenir au pays ce qui en est sorti discrètement.

Cette offensive s’inscrit dans une dynamique coordonnée impliquant plusieurs structures : la Délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN), la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), la Commission Nationale Consultative sur le Gel Administratif (CNCGA), la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC), le Tribunal Criminel Spécial (TCS), la Chambre des Comptes de la Cour Suprême, l’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF), le ministère de la Justice (MINJUSTICE), la Banque des États d’Afrique Centrale (BEAC) et l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Cameroun (APECCAM).

L’enjeu est de taille : localiser, geler et rapatrier des avoirs souvent dissimulés dans des montages juridiques sophistiqués. Une source proche de la SRC confie, sous anonymat, que « le véritable défi n’est plus de prouver l’infraction, mais de suivre l’argent dans des circuits devenus volontairement opaques ».

Dans ce grand jeu de piste financier, Interpol apparaît comme un allié de poids. Grâce à ses plateformes d’échange d’informations et à son réseau mondial, l’organisation facilite les enquêtes transfrontalières, là où les procédures classiques s’essoufflent. « Sans coopération internationale, récupérer des avoirs à l’étranger relève presque du miracle administratif », glisse une source judiciaire, non sans humour, évoquant des dossiers qui voyagent parfois plus vite que leurs propres enquêteurs. Mais derrière cette volonté affichée se cache une réalité plus rugueuse. Le Cameroun, comme de nombreux pays africains, subit des pertes colossales liées aux flux financiers illicites, estimées à plusieurs centaines de milliards de francs CFA chaque année. Dans ce contexte, chaque franc récupéré devient presque un acte de souveraineté économique.

Du côté de l’ANIF, on insiste sur la montée en compétence des équipes et l’intégration progressive des standards internationaux. Une source interne souligne que «les mécanismes de blanchiment évoluent rapidement, et les États qui ne s’adaptent pas deviennent des terrains de jeu pour la criminalité financière». Traduction moins diplomatique : pendant que les fraudeurs innovent, les administrations doivent courir… sans toujours avoir les bonnes chaussures.

La SRC, pour sa part, s’efforce de s’arrimer aux meilleures pratiques en matière de traçage et de recouvrement des avoirs criminels, avec des efforts notables en matière de coopération et de formation. Mais le chantier reste immense. Entre lenteurs judiciaires, complexité des procédures d’entraide internationale et réticences de certains paradis fiscaux, la récupération des fonds relève souvent d’un marathon administratif sans ligne d’arrivée clairement visible.

En filigrane, c’est aussi une bataille de crédibilité qui se joue. Car traquer l’argent sale à l’étranger suppose d’abord de rassurer les partenaires internationaux sur la solidité des institutions locales. « On ne vous rend pas facilement de l’argent si l’on doute de sa gestion une fois rapatrié », ironise une autre source judiciaire.

Reste que l’initiative marque un tournant. En choisissant de s’appuyer sur Interpol, le Cameroun reconnaît que la criminalité financière n’a plus de frontières et que la souveraineté économique se défend désormais à l’échelle globale. Une course contre la montre est lancée : celle qui oppose la vitesse des circuits illicites à la patience des États.

Jean -René Meva’a Amougou

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