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Cameroun–États-Unis : derrière la visite d’Africom, la question sensible de la souveraineté sécuritaire

La réception, le 7 mai 2026 au Palais de l’Unité de Paul Biya, du général américain John William Brennan Jr, numéro deux d’Africom, relance le débat sur la nature de la coopération militaire entre le Cameroun et les États-Unis. Entre impératifs sécuritaires, menace terroriste et interrogations sur la transparence des accords militaires, le sujet divise sur le terrain comme dans les milieux spécialisés.

A Bonas, une banlieue de Yaoundé, au lendemain de l’audience présidentielle, le sujet anime plusieurs discussions dans les cafés et espaces publics proches du Palais de l’Unité. Les images officielles diffusées par la communication présidentielle montrent des échanges cordiaux entre le chef de l’État et le commandant adjoint d’United States Africa Command, plus connu sous le nom d’Africom. Officiellement, les discussions ont porté sur la sécurité maritime dans le golfe de Guinée et la lutte contre le terrorisme dans le Septentrion. À l’entrée Est du campus de Ngoa-Ékéllé, André Tatou, call-boxeur de 33 ans, dit observer depuis plusieurs années une intensification de la coopération militaire internationale. « On nous parle souvent de sécurité maritime, mais les populations ne savent pas vraiment ce qui est décidé. On voit qu’il y a des mouvements, mais très peu d’explications », confie-t-il.
Même perception à Maroua, dans l’Extrême-Nord, où la menace de Boko Haram continue de marquer les esprits. Mariam Issa, déplacée interne originaire d’Amchidé dans le département du Mayo-Sava, affirme que la priorité reste la sécurité quotidienne. « Nous voulons d’abord pouvoir vivre sans peur. Peu importe les partenaires, ce qui compte, c’est que les attaques cessent réellement », explique-t-elle.

Depuis plus d’une décennie, le Cameroun est engagé dans des opérations militaires contre les groupes armés dans le bassin du lac Tchad. Cette coopération avec les partenaires occidentaux s’est renforcée à travers plusieurs exercices conjoints, notamment à la base aérienne de Douala et lors des opérations maritimes régionales. Contacté par Intégration, un cadre du ministère camerounais de la Défense, ayant requis l’anonymat faute d’autorisation de communication, défend cette stratégie. « Le Cameroun choisit ses partenaires en fonction de ses intérêts sécuritaires. La coopération avec Africom répond à des besoins opérationnels précis : renseignement, formation, logistique et coordination régionale », soutient-il.

Mais cette lecture ne fait pas l’unanimité. Pour Achille Mbembe, dont les travaux font référence sur les rapports de pouvoir en Afrique, les partenariats militaires internationaux doivent toujours être analysés à l’aune des rapports de dépendance. Sans commenter spécifiquement cette visite, plusieurs chercheurs camerounais partagent cette grille d’analyse. À l’Université de Yaoundé II, le politologue Cyrille Bayou estime que la question essentielle reste celle de la gouvernance. « Une coopération militaire n’est pas en soi problématique. Ce qui interroge, c’est la transparence des accords, le contrôle institutionnel et l’information donnée aux citoyens », analyse-t-il.

Dans les milieux de la société civile, la préoccupation porte aussi sur les conséquences humaines des opérations sécuritaires. À Maroua, Aboubakar Toukour, cadre local d’ONG de protection communautaire évoque des attentes persistantes. « Les populations ont besoin de sécurité, mais aussi de justice, de reconstruction économique et de reconnaissance des traumatismes subis ». La visite du général Brennan intervient dans un contexte africain marqué par la redéfinition de plusieurs accords militaires entre États africains et partenaires étrangers. Du Sahel à l’Afrique centrale, la souveraineté sécuritaire devient un sujet de plus en plus politique.

Au Cameroun, aucune communication officielle n’a pour l’instant détaillé les engagements précis issus de cette rencontre. Une discrétion qui nourrit autant les spéculations que les interrogations. Dans les rues de Yaoundé comme dans les villages du Nord, une même question revient désormais avec insistance : la coopération militaire internationale renforce-t-elle durablement la sécurité nationale, ou révèle-t-elle les limites structurelles de l’autonomie stratégique camerounaise ?

Tom.

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