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CEMAC : le Cameroun, seul grand malade commercial de la sous-région

Alors que les économies de la CEMAC tentent de préserver leurs réserves de change dans un contexte international tendu, le Cameroun apparaît désormais comme l’unique pays de la communauté affichant une balance commerciale déficitaire à fin 2025.

Une situation qui inquiète les milieux financiers et relance le débat sur la fragilité structurelle du modèle économique camerounais.
Selon plusieurs analyses régionales, le déficit commercial du pays s’est aggravé sous l’effet combiné d’une hausse continue des importations et d’un ralentissement relatif des exportations. Carburants, machines industrielles, produits pharmaceutiques, céréales ou encore équipements technologiques continuent d’être massivement achetés à l’étranger, tandis que les exportations restent dominées par des matières premières peu transformées.

Le contraste est d’autant plus saisissant que le Cameroun demeure la principale économie de la CEMAC par la taille de son marché et la diversité de son tissu productif. Mais derrière cette apparente solidité se cache une dépendance extérieure persistante. Le pays consomme davantage qu’il ne produit dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’énergie, l’agro-industrie et les biens manufacturés.

Pour de nombreux experts, cette situation traduit surtout l’échec partiel des politiques d’import-substitution engagées depuis plusieurs années. « Le Cameroun possède un potentiel industriel réel, mais la transformation locale demeure insuffisante. Tant que le pays exportera essentiellement des produits bruts et importera des produits finis, le déficit commercial restera sous pression », analyse un économiste sous-régional basé à Douala.

Au-delà des chiffres, les implications sont lourdes pour l’ensemble de la sous-région. Dans la zone CEMAC, les équilibres monétaires reposent largement sur la capacité des États à générer des devises. Une détérioration durable de la balance commerciale camerounaise pourrait ainsi fragiliser les réserves de change communes et accroître les tensions sur les finances publiques.
Cette dégradation intervient au moment même où plusieurs pays voisins profitent encore des revenus pétroliers pour maintenir des excédents commerciaux. Le Cameroun, lui, paie le prix d’une industrialisation inachevée et d’une compétitivité encore limitée face aux marchés internationaux.

Pour les analystes, l’urgence est désormais claire : accélérer la transformation locale, soutenir les exportations à forte valeur ajoutée et réduire progressivement la dépendance aux importations. Faute de réformes structurelles profondes, le déficit commercial pourrait devenir l’un des principaux points de vulnérabilité économique du pays dans les prochaines années. Dans les cercles économiques de Yaoundé, certains redoutent un effet domino sur l’investissement, l’emploi industriel et la stabilité budgétaire dans un contexte international marqué par le ralentissement du commerce mondial.

Jean-René Meva’a Amougou

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