CEMAC : Le cri d’alarme de la CDEC face à un system financier « bloqué dans le court terme »
À la Finance Week 2026 organisée à Yaoundé le 30 avril, le directeur général de la Caisse de dépôts et consignations du Cameroun (CDEC) a livré une charge structurée contre l’architecture du financement des économies de la CEMAC. Sous des airs de diagnostic technique, Richard Evina Obam a surtout dressé le portrait d’un système à bout de souffle, où les États s’enfoncent dans la dette, où les banques recyclent le court terme et où le secteur privé reste en périphérie du crédit.

Le propos se veut sans détour : les marges budgétaires des États s’érodent sous le poids du service de la dette, tandis que les systèmes bancaires, prudents jusqu’à l’asphyxie, préfèrent financer les souverains plutôt que les entreprises. Dans ce déséquilibre, les PME demeurent les grandes oubliées d’une intermédiation financière jugée défaillante. Le diagnostic est connu, mais sa répétition en souligne la persistance.
À cette équation déjà fragile s’ajoute un marché financier encore embryonnaire, peu profond et faiblement attractif. Les investisseurs institutionnels restent rares, les produits financiers limités, et la confiance dans les mécanismes de long terme encore timide. Le recours aux financements extérieurs, présenté comme une solution de complément, devient progressivement un facteur de vulnérabilité structurelle. Quant aux partenariats public-privé, ils restent largement théoriques, freinés par l’insuffisante maturité des projets.
C’est dans ce paysage que le dirigeant de la CDEC tente d’imposer un récit alternatif : celui des Caisses de dépôts comme instruments de stabilisation et de transformation. Inspiré des modèles européens et nord-africains, le concept repose sur une idée simple mais ambitieuse : capter des ressources dormantes ou réglementées et les orienter vers des investissements de long terme. Infrastructures, PME, aménagement territorial, industrialisation sectorielle, la Caisse devient, dans cette vision, un bras financier de l’État stratège.
Mais cette ambition se heurte, selon lui, à des résistances institutionnelles. Dans la zone Cemac, les Caisses des dépôts peinent à trouver leur place dans un environnement réglementaire dominé par la prudence des autorités bancaires régionales. Les débats autour des fonds en déshérence, des périmètres d’intervention et des équilibres financiers traduisent une méfiance persistante à l’égard de ces structures hybrides.
Le discours de Richard Evina Obam prend alors une tournure plus politique. Derrière la technique financière, il s’agit aussi d’un plaidoyer pour une reconfiguration des rapports de pouvoir dans la gestion des ressources publiques. Donner aux Caisses des dépôts un rôle central reviendrait, selon lui, à réorienter l’épargne nationale vers des objectifs de développement, au risque de bousculer des équilibres institutionnels établis.
Reste une question que le discours n’évacue pas : celle de la capacité réelle de ces institutions à transformer l’intention en impact. Entre ambition stratégique et contraintes opérationnelles, la cdec est encore en quête de démonstration. Dans une Cemac marquée par les tensions budgétaires et les fragilités structurelles, le pari du long terme ressemble autant à une nécessité qu’à une promesse encore suspendue.
Dans ce contexte, les appels à « libérer » les Caisses des dépôts traduisent aussi une tension plus large entre souveraineté financière et prudence réglementaire régionale. Les autorités bancaires, souvent accusées de rigidité, invoquent pour leur part la nécessité de préserver la stabilité du système et d’éviter toute captation opaque de ressources publiques. Ce face-à-face institutionnel, peu visible mais structurant, révèle les lignes de fracture d’une intégration financière encore inachevée dans la CEMAC. Entre volonté politique de transformation et architectures prudentielles héritées, la trajectoire des Caisses des dépôts reste suspendue à des arbitrages qui dépassent largement le seul champ technique.
Jean -René Meva’a Amougou



