Changement climatique : pluie en plein février, stupeur dans les rues de Yaoundé
Dans la nuit du 3 au 4 février 2025, la pluie a pris tout le monde de court. La capitale et ses villes environnantes se sont réveillées sous un ciel déchaîné, surpris par ce phénomène inhabituel en pleine saison sèche.

Pour certains, il a fallu courir se mettre à l’abri, pour d’autres, se lever en pleine nuit pour protéger les effets personnels. Guillaume, entrepreneur dans le bâtiment, avait les larmes aux yeux. Il venait de finaliser le coulage d’une dalle du côté d’Ekié (Yaoundé 4ᵉ), quand les couleurs – ces ouvriers appelés ainsi dans le jargon camerounais – ont décidé de faire grève. Leur condition ? Doubler leur salaire à cause de l’eau qui ruisselait sur le béton encore frais. « Le gâché a été gâté par le ruissellement. Il faut le remplacer et ajouter du ciment. Le travail ne s’arrête pas même si nous arrivons au matin. Les gars, on gérera la paye avec le grand boss », a rassuré le technicien, un brin las mais déterminé.
Cette pluie a également joué les trouble-fêtes pour Denise, employée au CETIC de Nkongoa. Ses fenêtres ouvertes ont laissé entrer l’averse, transformant diplômes, actes de naissance et bordereaux de comptabilité en véritables puzzles aquatiques. « Je commence comment avec mes documents ? Les bordereaux de comptabilité sont irrécupérables. Mon patron va me tuer ! », fulmine-t-elle.
Pour autant, tout n’était pas négatif. Les cultivateurs ont sauté sur l’occasion pour défricher leurs champs. Papa Thomas, d’Awae-escaliers, a appelé son épouse à Evondo (Nkolafamba) pour lancer l’alerte : « Avec le client qui n’est plus compréhensible, le champ doit être défriché dans les plus brefs délais ! » Un exemple de réactivité paysanne face aux caprices de la météo.
Et comme si le ciel voulait ajouter du piment, le froid s’est invité. En février, traditionnellement le mois le plus chaud, le thermomètre a brusquement chuté après avoir frôlé les 33°C. Mama Martine a dû ressortir les pulls-over pour protéger ses petits-fils : « Il faut anticiper. La grippe et le rhume risquent de survenir. Je prends mes précautions », explique la grand-mère, prévoyante et résolue.
Pour les experts, ces événements sont la preuve tangible du changement climatique. Le Dr Kounou, géographe, alerte : « Beaucoup de Camerounais ne croient pas au réchauffement climatique. Ils pensent que c’est une vue d’esprit. Ces précipitations du début de la semaine montrent que la planète, et l’Afrique, courent un grand danger si rien n’est fait. » La pluie en février n’est plus une curiosité : elle devient un signal d’alarme pour décideurs, investisseurs et populations.
Entre désarroi et adaptation, Yaoundé a vécu une nuit qui mêle stupeur, humour involontaire et gravité climatique, rappelant que le climat ne suit plus le calendrier et que l’ingéniosité humaine reste, comme toujours, le dernier rempart face à l’imprévisible.
André Gromyko Balla



