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Contentieux internationaux : une facture de 500 milliards de FCFA pour le Cameroun

De Mbalam au complexe d’Olembé, en passant par la SONARA et les péages automatiques, l’État camerounais paie au prix fort une décennie de contrats mal négociés et de ruptures unilatérales.

Le Stade Paul Biya à Olembé sous la tempête du litige Piccini-Cameroun

L’année 2026 marque sans aucun doute une période charnière pour l’État du Cameroun. Le pays est depuis lors enlisé dans une série de contentieux internationaux qui donnent désormais lieu à une hémorragie massive des finances publiques. Le montant cumulé frôle les 500 milliards de FCFA. Une somme qui pèse lourd à l’heure où le Trésor cherche à boucler le budget 2026.

Le revers de Mbalam-Nabeba

Le dossier le plus lourd est celui du fer de Mbalam-Nabeba. L’un des gisements les plus stratégiques d’Afrique centrale, à cheval entre le Cameroun et le Congo. La juniore minière australienne Sundance Resources, détentrice de la licence depuis 2007, n’est jamais parvenue à lever les financements pour construire les 500 km de chemin de fer devant relier Mbalam au port de Kribi, malgré plusieurs prorogations accordées par Yaoundé. Sundance accuse les deux États de lui avoir retiré le projet pour le confier à des partenaires chinois. Elle saisit la CCI de Paris en 2022, réclamant 3 401,6 milliards de FCFA. Deux procédures parallèles s’ouvrent. L’une au Congo qui se clôture en janvier 2026 à la faveur de ce pays. L’issue est inverse pour le Cameroun. Après trois reports, le tribunal arbitral de la CCI de Paris rend le 24 juillet 2026 une sentence cinglante : le Cameroun est condamné le 24 juillet dernier à verser 616 millions de dollars, soit près de 350 milliards de FCFA, dommages, intérêts et frais compris. C’est dix fois moins que la somme demandée, mais c’est la plus grosse condamnation de l’histoire du contentieux minier camerounais.

Double peine pour le stade d’Olembé

Le complexe sportif d’Olembé, vitrine de la CAN 2021, se transforme en gouffre judiciaire. Deux entreprises se sont succédé sur le chantier de 60 000 places. Le premier acte y associé réfère à la signature d’un contrat avec Gruppo Piccini en décembre 2015 pour 163 milliards de FCFA et 30 mois de travaux. Le chantier s’enlise rapidement : grèves, arriérés de salaires, arrêt des travaux. Piccini réclame 28 milliards supplémentaires pour des préfabriqués importés d’Italie. Yaoundé résilie le contrat unilatéralement le 29 novembre 2019, ce qui conduit l’entreprise italienne à saisir le CIRDI. L’Italien saisit le CIRDI de Washington en juin 2023, réclamant 250 milliards de FCFA. Le 4 septembre 2026, le tribunal tranche. L’État n’a pas accordé un « traitement juste et équitable » et s’est rendu coupable d’expropriation illégale. Il s’ensuit une condamnation de 17 milliards de FCFA pour préjudice matériel, plus 70 % des frais d’arbitrage et d’avocats de Piccini. Et au final une condamnation de 78,5 millions d’euros, soit un peu plus de 50 milliards de FCFA.

SONARA vs Sahara Energy

La justice anglaise a définitivement clos cet autre dossier le 29 juin dernier. À l’en croire, la dette de la SONARA envers le trader nigérian n’aura jamais été soldée. Autrement dit, elle reconnaît l’existence d’une dette de la SONARA liée à des livraisons de cargaisons de brut entre 2013 et 2016. Un « Joint Report » signé en 2019 devait apurer les comptes, mais son interprétation divise. Après une victoire initiale de la SONARA en « High Court » en décembre 2024, la « Court of Appeal » a donné raison à Sahara Energy en février 2026. Puis le 29 juin 2026, la Cour suprême du Royaume-Uni a refusé tout appel supplémentaire. La SONARA doit ainsi payer 76,97 millions de dollars (42,8 milliards de FCFA) d’intérêts et de pertes de change.

L’ardoise négociée des péages automatiques

Ce quatrième dossier a suivi une trajectoire différente des autres. Ici les parties ont procédé à un arrangement à l’amiable du différend opposant Tollcam Partenariat SAS à l’État du Cameroun sur les 14 péages automatiques. Le projet né en 2009 visait à générer des recettes de l’ordre de 632 milliards de FCFA dont 471 milliards pour le Trésor. Seulement, sur les 14 postes attendus, seuls sept sont achevés et devaient ouvrir en septembre 2023. Le 2 février 2024, une semaine avant la mise en service, le ministre des Travaux publics résilie unilatéralement la partie exploitation-maintenance. Ce qui a pour finalité de transformer ce partenariat public-privé en simple marché public. Tollcam saisit la CCI de Paris, réclamant 30 milliards de FCFA. Le dossier se solde par un accord qui engage l’État camerounais à un paiement de 30 milliards de FCFA, dont 20 milliards déjà inscrits au budget 2026.

La situation du Cameroun, au-delà des factures salées, met en exergue d’importantes défaillances dans la gouvernance des projets au Cameroun. Au chapitre des tares figurent des études préalables fragiles ; des contrats signés sans bouclage financier ; la résiliation unilatérale à l’approche d’une échéance politique. Ce qui a inexorablement conduit le pays vers un arbitrage international où il s’est à chaque fois retrouvé en position de faiblesse.

Louise Nsana

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