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Couverture santé universelle au Cameroun : les communautés villageoises, angle mort d’un chantier que l’OMS regarde de près

Dans les villages du Cameroun, la « couverture santé universelle » n’a rien d’une formule administrative. C’est une promesse qui se heurte, chaque jour, à la distance, aux coûts cachés et à la réalité d’un système sanitaire encore très inégal.

À mesure que le pays accélère ses réformes, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète d’un risque majeur : que les communautés rurales restent en marge d’un dispositif pensé sans elles, ou trop loin d’elles. Et pourtant, sur le papier, l’ambition gouvernementale est claire : réduire le paiement direct des soins, élargir l’accès aux services essentiels et renforcer la protection financière des ménages. Mais dans les faits, les écarts persistent entre les centres urbains et les zones rurales, où une consultation peut encore représenter un arbitrage entre santé et survie économique.
Dans plusieurs localités, les agents communautaires de santé font office de premier recours, souvent sans moyens suffisants. Les formations sanitaires sont éloignées, les plateaux techniques limités, et les mécanismes d’assurance encore peu compris ou difficilement accessibles. Résultat : beaucoup de familles continuent de recourir tardivement aux soins, aggravant les pathologies pourtant évitables.
L’OMS observe cette dynamique avec une attention particulière. Pour l’organisation, la réussite de la couverture santé universelle ne se jouera pas seulement dans les hôpitaux de référence de Yaoundé ou Douala, mais dans les villages, au niveau des dispensaires, et surtout dans la capacité du système à intégrer les réalités sociales locales.

Regard
Le docteur Armand Ngassa, spécialiste en santé publique et systèmes de soins en Afrique centrale, insiste sur ce point : « La couverture santé universelle ne peut pas être uniquement une architecture financière. Si les communautés rurales ne comprennent pas le dispositif, ou n’y ont pas un accès réel, on crée une universalité théorique mais pas effective. ». Selon lui, trois blocages majeurs persistent : la faible densité de l’offre de soins en milieu rural, la méconnaissance des mécanismes d’assurance santé, et la confiance encore fragile entre populations et structures sanitaires. « Dans certaines zones, les gens continuent de penser que l’hôpital est le dernier recours, presque fatal. Il faut inverser cette logique », ajoute-t-il.
Le praticien plaide pour une approche plus territorialisée : renforcer les districts de santé, stabiliser les personnels dans les zones enclavées, mais aussi associer davantage les chefferies traditionnelles et les organisations communautaires. « Sans ancrage local, toute politique de santé reste suspendue. »
Du côté des habitants, le constat est plus direct. À l’Est comme dans certaines zones du Centre, les témoignages convergent : coût du transport, ruptures de médicaments, absence de spécialistes. La couverture santé universelle est souvent perçue comme un slogan encore lointain.

Pour autant, des avancées existent. Le déploiement progressif des mécanismes d’assurance santé, l’extension des formations sanitaires et les programmes de santé maternelle ont commencé à modifier le paysage. Mais ces progrès restent fragiles, dépendants des financements et de la capacité logistique de l’État.
L’OMS, elle, insiste sur un point central : la réussite ne sera pas technocratique. Elle sera sociale. Autrement dit, elle dépendra de la manière dont les communautés rurales seront intégrées, écoutées et accompagnées.
Entre ambition nationale et réalités de terrain, la couverture santé universelle au Cameroun reste un chantier en tension. Un chantier où, loin des grandes conférences, tout se joue encore dans les sentiers poussiéreux menant au centre de santé le plus proche.

JRMA

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