Diplomatie gastronomique : l’IRIC dresse la table

Sous le thème « Nourrir le monde, rayonner par les saveurs : la gastro-diversité camerounaise, un atout à exploiter », le premier Festival international de la gastronomie en milieu diplomatique avait des allures de plaidoyer national.

À Yaoundé, les casseroles ont brièvement pris le pouvoir sur les discours diplomatiques. Dans l’enceinte de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, les odeurs de mets traditionnels ont flotté comme un manifeste culturel. Le premier Festival international de la gastronomie en milieu diplomatique y a réuni universitaires, chefs cuisiniers, étudiants, diplomates et amoureux des saveurs autour d’une même conviction : la cuisine camerounaise peut devenir un outil d’influence autant qu’un patrimoine à préserver.
Ici, il ne s’agissait pas seulement de faire goûter des plats. Il fallait aussi convaincre que le Ndolé, le Nkui, le Eru ou le poisson braisé peuvent raconter le Cameroun avec autant d’efficacité qu’un discours officiel dans une ambassade.
Dans les stands dressés pour l’occasion, les visiteurs circulaient entre dégustations et démonstrations culinaires. Les épices locales se mêlaient aux conversations académiques. Des étudiants prenaient des notes pendant que des diplomates échangeaient autour de recettes ancestrales. Une scène inhabituelle pour l’IRIC, plus habitué aux débats géopolitiques qu’aux marmites fumantes.
La cérémonie d’ouverture s’est tenue en présence du directeur de l’institution, S.E. Daniel Urbain Ndongo, accompagné de représentants des administrations publiques et du corps diplomatique. Représentant le ministre des Arts et de la Culture, M. Oyono Bintou a salué une initiative qu’il considère comme une passerelle entre culture, économie et diplomatie. Derrière les formules officielles, un message revenait avec insistance : le Cameroun possède un patrimoine culinaire immense, mais encore trop peu valorisé.
À l’origine du projet, Maître Ayi E. Christophe, chef de cuisine à l’IRIC et promoteur du festival, veut faire sortir la gastronomie camerounaise des cuisines familiales pour lui donner une visibilité internationale. Les conférences organisées pendant la rencontre ont d’ailleurs insisté sur la nécessité de structurer le secteur, codifier certaines recettes et professionnaliser davantage les métiers liés à l’art culinaire.
Au fil des échanges, experts et universitaires ont rappelé que plusieurs pays utilisent déjà leur cuisine comme levier d’influence culturelle et touristique. Pour eux, le Cameroun dispose lui aussi d’arguments solides : diversité des produits, richesse des traditions culinaires et identité gastronomique forte. Encore faut-il transformer cette richesse en véritable stratégie de rayonnement.
À la fin du festival, les organisateurs affichaient leur satisfaction. Entre débats, expositions et dégustations, cette première édition aura surtout révélé une évidence : au Cameroun, la diplomatie ne passe pas uniquement par les chancelleries. Elle peut aussi naître autour d’une table, dans le parfum d’une sauce bien épicée et le récit silencieux des saveurs locales.



