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Dr Billy Awouafack : « Les mathématiques peuvent transformer l’Afrique centrale en profondeur »

Universitaire et spécialiste reconnu des enjeux de développement, le Camerounais défend l’idée que les mathématiques, longtemps perçues comme abstraites, constituent aujourd’hui un levier stratégique capable de transformer en profondeur les économies et les systèmes sociaux de l’Afrique centrale.

Pourquoi parler aujourd’hui de mathématiques dans le contexte du développement en Afrique?

Parce que les mathématiques sont partout, y compris là où on ne les voit pas. Elles structurent les technologies numériques, les systèmes financiers, les modèles climatiques, les politiques publiques. Dans une région comme l’Afrique centrale, confrontée à des défis majeurs — urbanisation accélérée, pression démographique, gestion des ressources naturelles ; elles constituent un outil d’analyse et d’action central. Ce n’est pas une question théorique, c’est une question de capacité à décider et à agir efficacement.

En quoi les mathématiques influencent-elles concrètement la décision publique ?

Elles permettent d’objectiver les choix. Par exemple, dans la planification urbaine, on utilise des modèles pour anticiper les flux de population, les besoins en infrastructures et les risques environnementaux. Dans la santé publique, les modèles épidémiologiques aident à prévoir la propagation d’une maladie et à adapter les réponses. Sans ces outils, on improvise. Avec eux, on peut simuler, comparer, arbitrer et optimiser les politiques publiques.

Quels secteurs pourraient tirer le plus grand bénéfice de cet apport ?

L’agriculture, d’abord, avec l’optimisation des rendements et la gestion de l’eau. L’énergie, ensuite, pour mieux gérer les réseaux et intégrer les renouvelables. Les transports, la finance, les télécommunications suivent. Dès qu’il y a des données, il y a des mathématiques. Et aujourd’hui, les données sont devenues une ressource stratégique.

Pourquoi cette discipline reste-t-elle peu attractive pour les jeunes ?

Parce qu’elle est souvent mal présentée. On insiste sur la difficulté plutôt que sur l’utilité. Les élèves apprennent des techniques sans comprendre leur finalité. Il faut inverser cette approche, partir du réel, montrer les applications concrètes, rendre les mathématiques vivantes et accessibles.

Est-ce uniquement une question pédagogique ?

Non, il y a aussi une dimension sociale. Les filières scientifiques sont parfois perçues comme exigeantes, sans garantie immédiate. Il faut revaloriser ces parcours, montrer qu’ils ouvrent des perspectives solides et durables dans des secteurs en forte croissance.
Peut-on parler d’un enjeu de souveraineté ?
Oui. Les technologies modernes reposent sur des algorithmes. Si vous ne les maîtrisez pas, vous dépendez de ceux qui les conçoivent. Développer des compétences locales en mathématiques, c’est renforcer son autonomie et sa capacité d’innovation.

L’Afrique centrale a-t-elle les moyens humains de relever ce défi ?

Sans aucun doute. La jeunesse est dynamique, connectée, inventive. Le véritable enjeu est de créer les conditions pour valoriser ce potentiel : formation de qualité, débouchés, environnement favorable à la recherche et à l’innovation.

Quel rôle pour les universités ?

Elles doivent être au cœur du dispositif. Former, mais aussi produire du savoir utile. Cela implique des partenariats avec les entreprises, des programmes adaptés et une ouverture à l’international.

Et les États ?

Ils doivent impulser la dynamique : investir, structurer, coordonner. Mais aussi affirmer une priorité politique claire en faveur des sciences et des mathématiques.
Quelles actions concrètes engager rapidement ?

Renforcer la formation des enseignants, moderniser les programmes, soutenir les filières scientifiques, développer des centres de recherche et encourager les collaborations entre universités et secteur privé.

La révolution numérique change-t-elle la donne ?

Radicalement. Elle place les mathématiques au cœur de tous les systèmes : intelligence artificielle, données massives, cybersécurité. Ceux qui maîtrisent ces outils maîtrisent les transformations en cours.

Un message aux jeunes ?

Les mathématiques sont exigeantes, mais elles sont une formidable opportunité. Elles permettent de comprendre et d’agir sur le monde.

Que retenir de la conférence de Yaoundé ?

Qu’elle doit être un point de départ. Les idées doivent se traduire en actions concrètes et durables.
En conclusion ?

Les mathématiques sont un investissement stratégique. Elles conditionnent la capacité d’un pays à innover, à décider et à se développer durablement. En Afrique centrale, leur potentiel reste immense et encore largement sous-exploité.

Propos recueillis par JRMA

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