Fraude à l’électricité : les associations de consommateurs veulent voir tomber les «barons»
À la veille du lancement de la campagne nationale contre la fraude électrique, les associations de consommateurs saluent l’initiative tout en réclamant une chasse équitable qui ne s’arrête pas aux petits compteurs.

La guerre contre la fraude à l’électricité est officiellement déclarée. Le 16 mars, le ministre de l’Eau et de l’Énergie
Gaston Eloundou Essomba a lancé une campagne nationale visant à traquer les branchements clandestins et autres manipulations qui privent l’État du Cameroun d’environ 60 milliards FCFA chaque année. L’initiative intervient quelques mois après la renationalisation d’ENEO-Cameroon par l’État, le 19 novembre. Mais malgré ce retour sous
pavillon public, l’entreprise continue de composer avec un adversaire tenace : la fraude, cette vieille habitude
qui permet à certains consommateurs de profiter de l’électricité sans la facture.
Du côté de la Plateforme pôle des Associations des consommateurs pour la protection de l’intérêt socio- économique du Cameroun (PAIES), l’annonce est globalement saluée. Mais les associations préviennent : la campagne ne doit
pas se transformer en chasse aux petits fraudeurs pendant que les gros bonnets restent intouchables. « La lutte
contre la fraude est un combat quotidien. Il ne faut pas attendre une campagne pour agir. Le ministre vient simplement renforcer une dynamique déjà engagée par ENEO depuis 2020 », explique Georges Ngono Edzoa, coordonnateur général du PAIES.
Pour les associations de consommateurs, la priorité reste l’équité. « Notre mission est de protéger les consommateurs et de veiller à ce que toutes les catégories sociales soient concernées», insiste leur coordonnateur.
Sur le terrain, reconnaissent- elles, la fraude ne connaît ni statut ni uniforme. « Il existe de véritables barons
de la fraude qui ne paient pas leurs factures.
La campagne doit aussi toucher les ministres, directeurs généraux ou hauts gradés. Devant le compteur, tout le monde doit être égal », martèle-t-il. Au-delà de la fraude, les associations se sont également penchées sur les coupures d’électricité qui rythment le quotidien des ménages. Réuni le 12 mars à Yaoundé, le PAIES a identifié plusieurs causes : travaux urbains perturbant les réseaux, étiage des barrages hydroélectriques ou limites de production.
Le barrage de Barrage de Nachtigal ne fonctionne pas encore à plein régime, tandis que celui de Barrage de
Memve’ele, prévu pour 211 mégawatts, n’atteint pas encore tout son potentiel. À cela s’ajoutent les travaux de maintenance du réseau, notamment le remplacement des poteaux électriques par les équipes d’ENEO, parfois
même de nuit. Pour le PAIES, la fraude reste toutefois un facteur aggravant majeur. Malgré la renationalisation
d’ENEO rappellent les associations, l’amélioration ne sera pas immédiate.
« Ce n’est pas seulement un problème d’entreprise, c’est une question structurelle », conclut Georges Ngono Edzoa. En attendant les résultats de la campagne, une certitude demeure : au Cameroun, l’électricité continue d’éclairer les maisons… et parfois aussi les débats.
Jean-René Meva’a Amougou



