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Lutte contre les flux financiers illicites : de nouvelles armes entre les mains de la société civile

Du 2 au 5 juin 2026, le CRADEC et le programme européen SECFIN AFRICA réunissent experts et ONG à Yaoundé pour asphyxier les réseaux de blanchiment, de criminalité transfrontalière et de financement du terrorisme.

photo de famille en marge de l’atelier régional sur les crimes financiers

C’est un véritable coup d’envoi historique pour la sécurité financière de la sous-région qui a eu lieu mardi, 2 juin 2026, dans la capitale camerounaise. Placé sous le haut parrainage de Mr Yaouba Abdoulaye, Ministre délégué auprès du Ministre des Finances, cet événement bénéficie d’une caution institutionnelle de premier plan, matérialisant l’engagement de l’État aux côtés des forces vives de la nation. Face à la saignée économique qui prive le continent de ses ressources vitales, le Centre r2gional africain pour le développement endogène et communautaire (CRADEC), dirigé par Jean Mballa Mballa, a sonné la mobilisation générale en ouvrant un atelier régional crucial de quatre jours. L’enjeu structurer une riposte collective et outiller la société civile d’Afrique centrale face au triptyque dévastateur des flux financiers illicites (FFI), du financement du terrorisme (FT) et du blanchiment de capitaux (BC). Pour Jean Mballa Mballa, l’urgence est avant tout une question de souveraineté nationale alors que l’Afrique perd chaque année environ 99,5 milliards de dollars dans ces circuits opaques. Une somme colossale qui, si elle était captée, permettrait de financer le développement de manière totalement autonome.

Dans une sous-région où le Cameroun et la RDC paient déjà un lourd tribut à l’insécurité, tarir les sources de financement des réseaux criminels et terroristes n’est plus une option, mais une condition de survie étatique. La grande nouveauté de cette initiative, massivement soutenue par l’Union Européenne, réside dans son approche inclusive et inédite, consistant à faire des acteurs non étatiques le premier rempart contre la criminalité financière. Autour de la table, la synergie est totale entre les institutions publiques, représentées notamment par Mme Becky E. Besong de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), le représentant du Contrôle supérieur de l’État (CONSUPE), et les partenaires internationaux d’Expertise France, portés par Liza Helies, Evelyne Alavo et Michele Montemurro, coordinateur régional du programme SECFIN AFRICA. Ce dernier a d’ailleurs rappelé avec force que ces flux occultes ne sont rien d’autre que des ressources « distraites de la collectivité », d’où la nécessité absolue de former les ONG et les journalistes pour qu’ils agissent comme des lanceurs d’alerte capables de rendre visible ce que les criminels s’efforcent de dissimuler.

Cartographie de la menace criminelle
Pour que cet atelier ne soit pas « une rencontre de plus », les organisateurs ont choisi d’ancrer les travaux dans une réalité méthodologique stricte et pragmatique, plaçant la Cartographie de la menace criminelle (ENACT) au cœur des débats. Cet outil d’analyse internationale, crucial pour l’atelier de renforcement des capacités des sociétés civiles d’Afrique centrale, permet de mesurer précisément l’indice du crime organisé à travers le continent. L’accent est ainsi mis sur la nécessité urgente pour les participants de renseigner et de documenter les secteurs criminels spécifiques au Cameroun.

Le pays fait face à une pluralité de marchés illicites interconnectés qui alimentent le blanchiment : la criminalité environnementale (notamment le trafic de bois précieux et le braconnage de faune protégée), la traite d’êtres humains, le trafic de stupéfiants, la contrebande de marchandises transfrontalière, ainsi que la corruption systémique qui fragilise le contrôle des marchés publics. L’analyse montre que ces secteurs criminels ne se contentent pas de spolier l’économie locale, ils servent de « couloirs de transmission » pour injecter de l’argent sale dans l’économie formelle et, dans les zones de conflit, pour financer directement les activités terroristes.

Le constat de départ, établi par une enquête menée du CRADEC couvrant le Cameroun, le Gabon, la RCA et la RDC, a révélé un fossé important : si le vocabulaire de la finance illicite est globalement maîtrisé par les militants, l’utilisation concrète des outils d’investigation et de suivi de ces capitaux criminels reste largement absente. Durant quatre jours, les participants vont donc apprendre à utiliser une matrice d’analyse rigoureuse de 11 axes et 50 indicateurs pour identifier ces acteurs de l’ombre.
Cette traque méthodique intègre également une dimension humaine et sociale majeure, celle du genre. Comme l’a souligné Liza Helies, conseillère société civile et genre du projet, les réseaux criminels exploitent souvent les vulnérabilités du secteur informel où les femmes, bien que piliers de l’économie locale, restent les plus exposées et les moins visibles. L’ambition est donc de cartographier l’impact de ces flux sur leur situation financière pour proposer un accompagnement protecteur plutôt qu’une logique de dénonciation. Malgré quelques ajustements opérationnels liés aux réponses administratives ministérielles en tout début d’activité, le parrainage ferme du Ministère des Finances a donné le cap : le sommet de Yaoundé a avancé sans attendre, conscient que chaque minute de perdue est une opportunité de plus laissée à l’argent sale pour fragiliser l’Afrique centrale.

Marie-Noëlle Etoungou

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