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Mariées sans consentement : dans les Monts Kirdi, les mariages forcés et concubinages imposés que personne n’ose dénoncer

Dans plusieurs localités du Grand Nord du Cameroun, des jeunes filles continuent de voir leur destin décidé par d’autres. Mariages imposés pour régler des dettes, unions conclues pour apaiser des conflits fonciers, concubinages contraints dans certaines faadas de dignitaires : derrière le silence des traditions, des violences persistantes frappent particulièrement des jeunes femmes issues des communautés kirdi.

À Méri, Aïchatou, 19 ans, parle d’une voix calme mais ferme. Son histoire a commencé bien avant sa majorité. « À 14 ans, mon père m’a donnée en mariage à un homme de plus de quarante ans », raconte-t-elle. « Il y avait un conflit de terres entre nos familles. Je suis devenue la solution ». Pendant cinq ans, elle a vécu dans cette union imposée. Personne ne lui avait demandé son avis. « Ma mère pleurait pendant les préparatifs du mariage. Elle savait que je n’étais qu’un arrangement ».

Avec l’aide d’une association locale, Aïchatou a finalement quitté le foyer conjugal. Elle vit aujourd’hui dans un centre d’accueil à Maroua où elle tente de reprendre ses études. Pour les organisations locales de défense des droits des femmes, son histoire est loin d’être exceptionnelle.
À l’université de Maroua, la jeune étudiante Soureya Christine, originaire de Soulédé, observe ces réalités avec inquiétude. « Beaucoup de filles de nos villages savent que ces pratiques existent », dit-elle. « Mais en parler ouvertement est compliqué, parce que cela implique des familles et parfois des autorités traditionnelles ». Pour elle, l’éducation commence toutefois à changer les mentalités. « Ma génération sait que le consentement est un droit ».

La pression des traditions
À Kaliao, Djoumaye Sabine, paysanne et responsable d’un groupement féminin, explique que les femmes connaissent ces situations depuis longtemps. « Quand une famille a un problème sérieux, on peut utiliser le mariage pour régler le conflit », confie-t-elle. « Certaines filles acceptent parce qu’elles ne veulent pas déshonorer leurs parents. D’autres n’ont tout simplement pas le choix ». Elle insiste cependant sur une évolution lente. « Les jeunes filles d’aujourd’hui parlent plus. Elles veulent aller à l’école ». Sur le plan juridique, le Cameroun interdit le mariage forcé et exige le consentement libre des deux époux. Mais sur le terrain, l’application de la loi reste inégale.
À Garoua, Aminatou Daouda, spécialisée dans la défense des droits des femmes, observe un fossé entre les textes et la réalité. « Les lois sont claires », explique-t-elle. « Mais dans certaines zones rurales, la pression sociale et l’influence des autorités traditionnelles rendent les poursuites très difficiles ». Beaucoup de familles préfèrent régler ces situations en interne plutôt que devant la justice.

Une question de pouvoir et de silence
Pour les spécialistes des questions de genre, ces violences s’inscrivent dans des rapports de pouvoir profondément enracinés. La chercheuse Odile Yobara, souligne que dans le Septentrion, les jeunes filles non scolarisées se retrouvent souvent à la croisée de plusieurs formes de domination. « Elles sont vulnérables parce qu’elles sont jeunes, parce qu’elles sont femmes et parce qu’elles sont analphabètes ».
Face à ces réalités, des organisations locales multiplient les actions de sensibilisation : scolarisation des filles, accompagnement juridique des victimes, médiations communautaires. Pour Odile Yobara, le combat est clair. « Les cultures du Nord sont riches et respectables. Mais aucune tradition ne peut justifier qu’une jeune fille soit privée du droit de choisir sa vie ». Dans les villages des Monts Kirdi comme dans les amphithéâtres universitaires de Maroua, une génération commence à le dire ouvertement. Et pour beaucoup de jeunes femmes, la question n’est plus de savoir si ces pratiques doivent disparaître.
Mais quand le silence prendra fin.

Tom.

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