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Nord-Cameroun : La tournée de vérité d’un État sommé de livrer

Du 3 au 9 mai 2026, Alamine Ousmane Mey conduit une mission gouvernementale sous haute attente dans les zones agropastorales, où chaque projet devra démontrer qu’il produit enfin autre chose que des promesses.

Sur le chantier de réfection d’une route dans la région du Nord

Dans le nord du Cameroun, les promesses de transformation agricole reviennent comme une saison sèche qui n’en finit pas. Du 3 au 9 mai 2026, Alamine Ousmane Mey et une brochette de ministres s’offrent une tournée au parfum de bilan et d’urgence mêlés. Sur le papier, la mission coche toutes les cases de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 : évaluer, inaugurer, rassurer. Sur le terrain, elle devra surtout convaincre que l’État peut encore tenir ses promesses dans des zones où l’espoir s’use plus vite que les infrastructures.
Car le décor est connu. Vallées de la Bénoué, du Logone, bassin du lac Tchad : des territoires à haut potentiel, mais pris en étau entre dérèglement climatique, insécurité hydrique et déficits chroniques d’investissements. Les projets VIVA-Bénoué et VIVA-Logone, censés incarner une nouvelle ère agropastorale, seront passés au crible. Reste à savoir si l’exercice relèvera d’un audit sincère ou d’une mise en scène administrative bien rodée.
Le gouvernement promet des images fortes : rétrocessions d’équipements du PIISAH, inaugurations d’infrastructures du PROLAC, discours sur la résilience. Mais derrière les rubans coupés, une question persiste : ces investissements changent-ils réellement la vie des producteurs ? Dans le Logone-et-Chari, les périmètres hydroagricoles de Zina symbolisent à eux seuls cette ambiguïté. Entre avancées tangibles et difficultés d’exploitation, ils illustrent les limites d’une politique encore trop dépendante des aléas climatiques et institutionnels.
La séquence politique, elle, est limpide. En affichant une présence multisectorielle (agriculture, élevage, jeunesse) Yaoundé cherche à projeter une image de coordination et de volontarisme. Mais cette transversalité affichée se heurte souvent à la réalité d’une gouvernance fragmentée, où les projets peinent à dialoguer entre eux. Résultat : des impacts dilués, et des populations qui attendent toujours le décollage promis.
Reste que cette tournée peut encore servir. À condition qu’elle dépasse le rituel administratif pour devenir un véritable moment de vérité. Écouter les bénéficiaires, identifier les blocages, réorienter les financements : autant de gestes simples, mais rarement pleinement assumés. Car au fond, l’enjeu dépasse la seule agriculture. Il touche à la crédibilité même de l’action publique dans des régions où l’État est attendu au tournant.
À l’heure où la sécurité alimentaire et la réduction du déficit commercial sont érigées en priorités nationales, le nord du Cameroun devient un test grandeur nature. Soit les projets agropastoraux enclenchent enfin une dynamique durable, soit ils rejoindront la longue liste des ambitions inachevées. Entre communication politique et transformation réelle, la ligne est fine. Et cette fois, elle sera scrutée de près.

Jean -René Meva’a Amougou

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