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Quand le pouvoir devient une prison

Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale, Denis Sassou Nguesso au Congo, Paul Biya au Cameroun et Yoweri Museveni (Ouganda) ont tous passé plusieurs décennies au pouvoir. Ces années devraient normalement suffire à un homme politique pour transmettre le flambeau, permettre à une nouvelle génération de prendre ses responsabilités et accepter de retourner à une vie ordinaire. Mais ces dirigeants semblent ne jamais envisager la retraite politique. Comme si gouverner était devenu non plus une mission temporaire au service de la nation, mais une propriété personnelle dont ils refusent de se dessaisir.

C’est malheureusement cette voie que semble avoir empruntée Alassane Dramane Ouattara. Après avoir sollicité et obtenu un troisième mandat en 2020, il s’est engagé sur la voie d’un quatrième mandat en 2025. Or la question du troisième mandat avait déjà suscité de vives critiques en Afrique. Le Sénégalais Alioune Tine, co-fondateur et directeur de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho), le qualifiait de phénomène qui « n’a aucune réalité juridique et constitutionnelle » et dénonçait une « imposture intellectuelle » destinée à masquer de nouvelles formes de coups d’État. Derrière ces mots se trouve une interrogation fondamentale: à partir de quel moment un président qui refuse de quitter le pouvoir cesse-t-il d’être un serviteur de la République pour devenir son prisonnier ?

Car le problème n’est pas seulement celui du nombre de mandats. Il est aussi celui de la relation qu’un dirigeant entretient avec son peuple. Pourquoi certains présidents s’accrochent-ils avec autant d’acharnement au pouvoir ? Pourquoi redoutent-ils tant l’après-pouvoir ? Une hypothèse mérite d’être sérieusement examinée : ils craignent peut-être davantage le jugement de leurs compatriotes que celui de l’histoire.

Cette peur contraste singulièrement avec l’attitude de l’ancien président ghanéen Jerry Rawlings. Celui-ci pouvait déclarer, après avoir servi son pays, qu’il se sentait protégé par son peuple et qu’il n’avait pas besoin de vivre constamment entouré d’une impressionnante sécurité. Il estimait avoir gagné quelque chose de plus précieux que la richesse matérielle : l’amour et la confiance de ses concitoyens.

Quelle différence avec ces dirigeants qui, après des décennies de pouvoir, semblent incapables de se promener librement parmi ceux qu’ils ont gouvernés ! Lorsqu’un ancien président est obligé de vivre derrière de hauts murs, entouré d’hommes armés et protégé par un dispositif sécuritaire impressionnant, une question devrait se poser: de qui a-t-il donc peur ? De l’étranger ? Ou de son propre peuple ?

Lorsqu’un pouvoir a été marqué par la répression, les détournements, la corruption, l’enrichissement d’un clan et l’utilisation de l’appareil d’État au profit d’un cercle restreint, l’après-pouvoir devient naturellement une source d’inquiétude. Celui qui a gouverné en considérant l’État comme une propriété personnelle peut difficilement envisager sereinement le jour où il devra rendre des comptes.

Le véritable drame est que certains dirigeants africains semblent confondre la longévité au pouvoir avec la grandeur politique. Or rester quarante ans au pouvoir n’est pas nécessairement une preuve de réussite. La véritable grandeur d’un dirigeant se mesure plutôt à sa capacité à construire des institutions solides, à accepter l’alternance, à préparer sa succession et à quitter ses fonctions sans craindre son peuple.

La Bible raconte que le roi Belschatsar fut pesé dans la balance et trouvé trop léger (Daniel 5, 27). Cette image pourrait servir de miroir à tous ceux qui s’accrochent indéfiniment au pouvoir. Car vient toujours le moment où l’on est pesé: par l’histoire, par la conscience, par le peuple et, pour le croyant, par Dieu.

Le pouvoir n’est pas un refuge contre la justice. Il est une responsabilité qui finit toujours par produire un bilan. Heureux donc le dirigeant qui, après avoir servi son peuple, peut quitter le palais la tête haute et rentrer chez lui sans avoir peur de croiser le regard de ceux qu’il a gouvernés. C’est peut-être cela, finalement, la véritable sécurité d’un ancien président: non pas le nombre de gardes qui l’entourent, mais la reconnaissance de son peuple.


Jean-Claude Djéréké

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