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RGPH 2026 au Cameroun : compter la population, retrouver la confiance

Vingt-et-un ans après le dernier recensement général, le Cameroun a officiellement lancé son quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH), couplé au deuxième recensement agricole et de l’élevage. Présentée comme une opération stratégique pour la planification publique, cette campagne soulève aussi des interrogations sur les capacités réelles de l’État à atteindre toutes les populations, notamment dans les zones en crise ou à forte mobilité.

Dans l’enceinte du ministère de la Communication à Yaoundé, le 29 avril dernier, l’auditorium affichait complet. Fonctionnaires, journalistes, techniciens de la statistique et responsables sectoriels avaient répondu à l’appel du gouvernement pour le lancement médiatique du RGPH 2026. Sous les projecteurs, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, entouré de ses homologues de l’Agriculture et de l’Élevage, a présenté l’opération comme « un acte de souveraineté nationale ».
Au quartier Briqueterie, dans la capitale, Marie Mudassiru, commerçante de 47 ans, dit avoir vu passer les premiers agents sensibilisateurs. « On nous demande de collaborer, de donner les informations sur nos familles. C’est normal. Mais beaucoup de gens veulent aussi savoir à quoi cela va réellement servir », explique-t-elle, assise devant son étal de légumes.
Le recensement intervient dans un contexte particulier : le dernier exercice national remonte à 2005. Depuis plus de deux décennies, les projections démographiques ont servi de base à la planification des politiques publiques, dans un pays dont la population réelle fait l’objet de différentes estimations.

À Maroua, dans l’Extrême-Nord, les enjeux sont encore plus visibles. Sous un arbre à l’entrée d’un quartier périphérique, Oumarou Ibrahim, conducteur de mototaxi, se montre sceptique. « On veut bien répondre, mais ici certaines familles bougent souvent. Entre les déplacements liés à l’insécurité et les activités pastorales, ce n’est pas toujours simple de trouver tout le monde».

Dans plusieurs régions, notamment au Nord-Ouest, au Sud-Ouest et dans certaines zones du bassin du lac Tchad, l’accès aux populations demeure un défi logistique et sécuritaire. Interrogé sur cette question, un cadre du Bureau central des recensements et des études de population, rencontré à Yaoundé, assure que des dispositions spécifiques ont été prises. « Des cartographies actualisées ont été réalisées, des phases pilotes ont été menées, et des mesures de sécurité accompagneront les équipes dans les zones sensibles. L’objectif est de couvrir l’ensemble du territoire avec la plus grande fiabilité possible ».
Selon les données officielles présentées par le gouvernement, le budget global de l’opération est estimé à plus de 13 milliards de FCFA, avec l’appui de partenaires comme la Banque mondiale, la FAO et le Fonds des Nations unies pour la population. Cette mobilisation internationale interroge certains observateurs sur la capacité des institutions nationales à financer durablement leurs outils statistiques.

Pour le politologue et analyste des politiques publiques, le Docteur Médjéyé, basé à Yaoundé, le défi dépasse la simple collecte de données. « Le recensement est un outil fondamental pour la gouvernance. Mais sa crédibilité dépend de trois facteurs : l’inclusion territoriale, la transparence méthodologique et la confiance des populations. Dans des contextes de crise ou de marginalisation historique, ces éléments deviennent déterminants ».

Dans les villages reculés du Grand Nord, chez les communautés pastorales mobiles ou dans certains camps de déplacés, plusieurs organisations communautaires craignent une sous-représentation statistique qui pourrait influencer, à terme, la répartition des infrastructures, des services sociaux et même certaines politiques territoriales. À Mora, Aïssatou Mahamat, responsable associative engagée auprès des femmes déplacées, insiste sur cet enjeu. « Si certaines populations ne sont pas bien recensées, elles risquent encore d’être invisibles dans les programmes publics ».

Au-delà des chiffres, le RGPH 2026 apparaît ainsi comme un test de capacité institutionnelle. Pour un pays en mutation démographique, sociale et sécuritaire, compter sa population ne relève plus seulement de la statistique. C’est aussi une question de représentation, de justice territoriale et de confiance entre l’État et ses citoyens.

Tom.

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