Rigueur budgétaire et responsabilité des États : mantras opérationnels de la CEEAC
À Malabo, l’ouverture du Comité inter-États des Experts de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, le 23 février 2026, a pris des allures de moment stratégique pour l’avenir de l’organisation sous régionale.

Sous la houlette d’Ezéchiel Nibigira, président de la Commission, la session a mis en lumière les défis de discipline financière, de cohérence stratégique et de paiement régulier des contributions des États membres. Selon Ezéchiel Nibigira, la réunion intervient à un « moment décisif de l’histoire de l’organisation. Cette expression traduit la nécessité d’inscrire les décisions budgétaires et stratégiques dans une dynamique durable, capable de renforcer la crédibilité et l’efficacité de la CEEAC dans un contexte régional marqué par des enjeux économiques, sécuritaires et institutionnels croissants ».
Au cœur des débats figuraient le projet de budget 2026, premier acte complet de la nouvelle mandature de la Commission. L’approche adoptée dépasse le cadre d’un simple exercice comptable : pour le Président, il s’agit d’« un acte de foi » dans la capacité collective des États membres à transformer la CEEAC, à consolider ses institutions et à accélérer l’intégration régionale. Le budget se veut également un instrument de transition, permettant de finaliser les engagements passés tout en jetant les bases du Plan stratégique indicatif à moyen terme 2026-2030. Cette dimension prospective souligne la volonté d’une gestion plus structurée et orientée vers les résultats.
La discipline budgétaire a été présentée comme un impératif. La lettre de cadrage adressée aux services de la Commission met l’accent sur la soutenabilité financière et l’efficacité des dépenses. Chaque projet doit être évalué à l’aune de sa contribution directe à l’agenda d’intégration. Cette approche traduit une volonté de rationalisation des ressources, assortie d’une optimisation du train de vie institutionnel afin de dégager des marges supplémentaires pour les programmes prioritaires. Les experts présents ont été invités à consolider les priorités budgétaires et à garantir la cohérence finale du projet, marquant ainsi une culture de responsabilité et d’efficacité au sein de la CEEAC.
L’un des points saillants de cette session a porté sur le paiement régulier des contributions des États membres, jugé insuffisant et irrégulier. Pour le Président Nibigira, cette situation fragilise non seulement le fonctionnement interne de l’organisation, mais affecte aussi sa crédibilité sur la scène internationale. Pour remédier à cette problématique, une mission circulaire de recouvrement sera conduite dans les capitales des États membres, sous le haut patronage de la Présidence en exercice. L’accent est mis sur le fait que le paiement des contributions est un acte de souveraineté régionale et le fondement de l’autonomie de la CEEAC.
Au-delà des aspects techniques et financiers, cette session illustre un message politique fort : la CEEAC entend assumer ses responsabilités, renforcer sa gouvernance et devenir un acteur crédible et efficace dans le processus d’intégration régionale. La cohérence budgétaire, la rationalisation des dépenses et la discipline fiscale sont autant de leviers pour atteindre ces objectifs. Dans un contexte africain où la crédibilité institutionnelle conditionne l’attractivité des partenariats et des financements externes, la posture adoptée par le Président Nibigira marque une étape clé dans la consolidation de la CEEAC. Elle fixe des standards élevés pour les prochaines sessions et prépare le terrain à une CEEAC plus résiliente, capable de répondre aux attentes de ses populations et d’ancrer durablement l’intégration économique et politique en Afrique centrale. Cette démarche traduit un tournant stratégique : faire de la crédibilité financière et de la responsabilité des États les socles d’une organisation qui se veut performante, autonome et pleinement engagée dans le développement régional.
Rémy. Biniou



