
2026 s’annonce comme une année de haute tension, héritière directe de la crise postélectorale qui a précédé la présidentielle du 12 octobre 2025. Entre une jeunesse en quête de rupture et un système accusé de s’accrocher à ses réflexes, ONG, syndicats et experts sociaux se dressent en vigies d’un pays au bord de l’essoufflement.

Une année-test née d’une crise non refermée
«On a souhaité la paix, mais on n’a pas oublié», lâche Jean-Michel, activiste social à Yaoundé. La crise postélectorale de 2025 a laissé une défiance durable: institutions contestées, discours durcis, attentes sociales exacerbées. Pour beaucoup d’acteurs civiques, 2026 n’est pas une page blanche mais une épreuve de vérité. «Chaque décision publique sera lue à travers le prisme de cette crise», analyse-t-il.
La société civile, arbitre malgré elle
Ni opposition politique, ni pouvoir, la société civile se retrouve à arbitrer un match asymétrique. « Nous sommes coincés entre une jeunesse impatiente et un système qui temporise », explique Jean-Michel. Sur le terrain, cette posture se traduit par une veille communautaire renforcée : médiation locale, observation des politiques publiques, alertes précoces sur les risques de tensions. « Si nous n’encaissons pas, qui le fera?», interroge Adingama Merveille, militante des droits civiques à Yaoundé.
Budget de l’État : l’alerte rouge
La session budgétaire récente au Parlement a ravivé les inquiétudes. Le budget de l’État augmente encore. Officiellement, pour soutenir la relance. Officieusement, pour «nourrir le confort administratif», selon Ondoa Biwolé, une économiste indépendante. « On parle d’austérité pour les citoyens, jamais pour l’État », tranche-t-elle. Pour la société civile, ce signal confirme l’incapacité du système à rompre avec ses vieilles habitudes.
Le dilemme de la rationalité publique
Dans un pays où l’enseignant et l’infirmier sont sommés de “faire avec peu”, la question de la rationalité devient centrale. « On exige des sacrifices en bas, mais on sanctuarise les privilèges en haut », dénonce Ngueléo Christian, syndicaliste membre d’une plateforme citoyenne. Les experts sociaux pointent des investissements jugés irrationnels, gourmands en ressources, mais pauvres en impact social. « Ce n’est pas seulement une erreur économique, c’est une injustice morale », estime-t-il.
Veille communautaire : prévenir l’explosion
Face à cette équation dangereuse, la société civile renforce ses mécanismes d’alerte. Dans les quartiers, les villages, les universités, des relais documentent les frustrations. « La prochaine crise ne viendra pas forcément des urnes, mais du quotidien », avertit Brahim Oumaté, acteur communautaire dans le Grand Nord. Salaires en retard, hôpitaux sous-équipés, écoles abandonnées : autant de foyers potentiels d’explosion sociale.
Jeunesse en attente, système en résistance
La fracture générationnelle s’approfondit. «Les jeunes n’attendent plus des discours, ils veulent des actes», observe le docteur Chekwé, expert en dynamiques juvéniles. Face à eux, un système perçu comme défensif. La société civile tente d’éviter la collision frontale, tout en refusant la complaisance. « Notre rôle, ce n’est pas d’adoucir la réalité, mais de la rendre visible », insiste Bouba Lamou, responsable d’ONG à Maroua (Laquelle ???). Entre vigilance citoyenne et inertie institutionnelle, 2026 se dessine comme une ligne de crête. « Soit l’État accepte la rationalité et l’écoute, soit la rue parlera. Et c’est le scénario que nous craignons tous », résume-t-il.
Après les vœux, le message de la société civile est clair : la patience a des limites, et la veille communautaire sera permanente.
Tom.



