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Yaoundé sous grippe : la ville tousse, l’automédication s’emballe

Dans la capitale camerounaise, la recrudescence des syndromes grippaux transforme le quotidien des habitants : entre flambée des cas, automédication massive et inquiétudes sanitaires face à une circulation virale favorisée par l’instabilité climatique.

À Yaoundé, la toux est devenue presque un bruit de fond. Depuis plusieurs semaines, les cas de syndrome grippal se multiplient à un rythme qui semble ne plus obéir aux variations habituelles des saisons. Dans les quartiers, dans les taxis bondés, au bureau comme à la maison, fièvre, céphalées et courbatures dessinent une cartographie silencieuse de la contagion.
Dans les foyers, l’inquiétude s’installe sans toujours se dire. Eléonore Tsanga en fait l’expérience au quotidien. En quittant son domicile tôt le 27 mai 2026, elle laisse derrière elle une fille alitée et une fratrie déjà touchée. Comme beaucoup, elle a opté pour des solutions rapides, à portée de main. « L’enfant prend des sirops achetés à la pharmacie du coin. Les autres avalent des cachets, une composition faite par le vendeur de médicaments du quartier », raconte-t-elle, sans détour.

Cette médecine de proximité, souvent hors cadre formel, devient un réflexe. Pascal D., lui, a déjà fait l’aller-retour dans ce circuit court du soulagement provisoire. « J’avais déjà attrapé la grippe la semaine dernière. J’ai pris des médicaments qui m’ont aussitôt soulagé, mais trois jours plus tard, la toux est revenue plus forte », explique-t-il, avant d’ajouter qu’il a désormais intégré de nouveaux gestes du quotidien, comme se couvrir davantage la nuit. Une adaptation empirique face à un mal qui revient.
Marie Ngo Logmo., elle aussi touchée, décrit une expérience similaire : fièvre, toux, fatigue, et surtout l’impression d’un cycle qui se répète malgré les traitements improvisés.

Pour le personnel de santé, la situation n’a pourtant rien d’inédit, mais elle s’amplifie avec les fluctuations climatiques du moment. L’infirmière Marie Mballa parle d’une période propice aux infections respiratoires. « On vit actuellement un mélange de saisons. Nous sommes en pleine petite saison des pluies, mais les journées restent parfois très ensoleillées », explique-t-elle. Des contrastes thermiques qui favoriseraient la circulation des virus, notamment dans les espaces clos et les transports en commun saturés.
Les symptômes, eux, sont bien identifiés : fièvre brutale, toux sèche persistante, fatigue intense, douleurs musculaires, maux de gorge et écoulement nasal. Mais un détail inquiète davantage les soignants : la réapparition des symptômes après une amélioration apparente chez certains patients, signe possible d’une mauvaise prise en charge initiale.
Face à cela, les professionnels de santé alertent sur la tentation grandissante de l’automédication. Le médecin généraliste Dr Omer Lagan insiste sur la nécessité d’une consultation précoce pour éviter complications et confusions diagnostiques. Mais sur le terrain, les recommandations peinent à rivaliser avec les habitudes installées.

Et les chiffres du quotidien parlent d’eux-mêmes. Dans les rues de la capitale, les vendeurs de médicaments constatent une affluence inhabituelle. « Les traitements contre la grippe font partie des produits que je vends le plus actuellement », confie Baba, vendeur ambulant. « Par jour, je peux avoir entre 20 et 25 personnes, contre 5 à 10 habituellement. »
Même constat dans certaines pharmacies, où les demandes explosent. À la Pharmacie La Balance, au quartier Anguissa, le personnel observe une hausse nette des consultations liées aux syndromes grippaux, sans toujours pouvoir tracer l’origine exacte des contaminations.

Cette recrudescence n’est pas totalement nouvelle. Un communiqué du ministère de la Santé publique, publié il y a plusieurs mois, évoquait déjà une augmentation sensible des cas dans la capitale, avec une hausse de 21,1 % des infections sur une période de huit semaines, sur un échantillon de 850 personnes testées.
Aujourd’hui, la vague semble reprendre, portée par les mêmes facteurs : météo instable, promiscuité urbaine, circulation rapide des virus et recours tardif aux structures sanitaires.
En attendant une accalmie, les consignes restent les mêmes : vigilance, hydratation, repos, et limitation des contacts en cas de symptômes. Mais dans une ville où le temps manque autant que les rendez-vous médicaux, ces recommandations peinent parfois à concurrencer l’urgence du quotidien. La grippe, elle, continue de circuler, discrète mais obstinée, dans les artères de Yaoundé.

Ongoung Zong Bella

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