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42 % : le Cameroun est-il en train de rater son propre bac ?

Quarante-deux pour cent n’est pas seulement un taux de réussite, c’est une gifle. Un chiffre qui résonne comme une alarme dans un pays où le baccalauréat demeure le passeport vers l’université, l’emploi et, pour beaucoup de familles, l’espoir d’une ascension sociale.

Cette année, plus d’un candidat sur deux est resté au bord de la route. Plus de cinq points de moins qu’en 2025. Les statistiques varient d’une année à l’autre, dira-t-on certes. Lorsqu’un indicateur recule aussi brutalement, il ne raconte plus seulement une session d’examen, mais aussi raconte un système.

Depuis cinq ans, les résultats du baccalauréat oscillent sans jamais retrouver une trajectoire rassurante. Une année de légère embellie, une autre de rechute. Comme un malade dont les constantes fluctuent sans que personne ne traite réellement la maladie. À force de commenter les pourcentages, on finit par oublier l’essentiel : le niveau général s’effrite.

Il est devenu trop facile de caricaturer la jeunesse. Oui, certains élèves lisent moins, écrivent moins et confondent parfois TikTok avec une bibliothèque. Oui, le téléphone portable est devenu un concurrent redoutable du manuel scolaire. Oui, la culture de l’effort semble perdre du terrain face à celle de l’immédiateté. Mais cette explication est paresseuse. Une école ne peut pas demander à ses élèves d’être meilleurs que le système qui les forme.

Car l’autre vérité dérange davantage. Qui forme les enseignants ? Qui les accompagne ? Qui évalue leurs pratiques ? Qui s’assure qu’ils maîtrisent les programmes qu’ils dispensent ? Dans de nombreuses salles de classe, le tableau est devenu un théâtre d’improvisation. Les effectifs explosent, les laboratoires sont absents, les bibliothèques ferment, les formations continues se raréfient. On réclame des performances olympiques avec des moyens de survie.

Le problème n’est pas seulement budgétaire, il est culturel. Depuis des années, le diplôme est parfois devenu plus important que le savoir. On prépare des examens plus qu’on ne construit des intelligences. On entraîne à réciter plutôt qu’à réfléchir. L’élève apprend pour la note, rarement pour comprendre. Puis vient le baccalauréat, ce juge sans état d’âme, qui rappelle brutalement les lacunes accumulées depuis le primaire.

Le plus inquiétant est ailleurs. Cette baisse n’est pas qu’un problème d’Éducation nationale. Elle annonce les difficultés de demain. Ce sont ces candidats qui rempliront les amphithéâtres, les écoles d’ingénieurs, les facultés de médecine, les administrations, les entreprises. Quand le niveau baisse à la base, c’est toute la pyramide qui vacille.

Le Cameroun n’a pourtant jamais manqué d’intelligence. Il manque de constance. Chaque année, quelques établissements démontrent qu’il est possible d’obtenir des résultats remarquables grâce à une discipline exigeante, un encadrement solide et une véritable culture du mérite. La preuve que l’échec n’est pas une fatalité.

Alors, cessons de chercher un coupable unique. L’élève n’est pas seul responsable, l’enseignant non plus. Les parents, l’administration, les décideurs publics, les collectivités, chacun tient un morceau de cette copie collective.
Le baccalauréat 2026 ne sanctionne pas seulement des candidats. Il interroge une nation. Un pays qui accepte que son école perde progressivement son exigence prend le risque de perdre bien davantage : sa capacité à former les femmes et les hommes qui construiront son avenir.

Cette année, les candidats ont composé. Les résultats sont tombés. Reste désormais une question, autrement plus difficile : qui, de l’école camerounaise ou de ceux qui la gouvernent, acceptera enfin de repasser l’examen ?

Jean-René Meva’a Amougou

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