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Route Nationale N° 1 : Ngong, fabrique du vivre-ensemble

À 45 kilomètres au sud de Garoua, sur la Nationale Numéro 1, la localité n’est pas seulement une escale routière. C’est également un laboratoire social où se croisent voyageurs, camionneurs, agriculteurs et communautés venues de tous les horizons.

Escale des camionneurs à Ngong

Il est 6h30 du matin. Le bus en provenance de Ngaoundéré ralentit. Comme presque toujours, il s’arrête à Ngong. «Même si on est pressé, on s’arrête ici», explique Issa, chauffeur de bus interurbain. «Les passagers mangent, se détendent, et nous on fait un peu de récupération». Ngong est une pause imposée par la géographie et par l’habitude. Située sur l’axe stratégique du Nord, la commune est devenue un point de respiration pour les flux humains et économiques qui traversent le Septentrion camerounais. Du bus, les voyageurs descendent, se mélangent. «Ici, on trouve tout», raconte Pauline, passagère en route pour Garoua. «Le soya est bon, les brochettes aussi. On oublie un peu la fatigue du voyage.» Pour beaucoup, Ngong est le premier contact avec une diversité humaine apaisée. Étudiants, commerçants, fonctionnaires ou migrants occasionnels se retrouvent dans les mêmes gargotes, sans protocole ni distinction. «On se parle facilement ici», note Moussa, jeune voyageur. «Personne ne te demande d’où tu viens avant de te servir».

Plus loin, les camions stationnent. Certains conducteurs passent plusieurs heures, parfois la nuit entière. «Ngong, c’est notre base», confie Abdou, camionneur en transit vers le Tchad. «Si tu ne t’arrêtes pas ici, tu prends des risques», ajoute-t-il. Ces conducteurs font vivre une partie importante de l’économie locale : restauration, bars, ravitaillement, petites réparations. Au bar «Manaa Mbuy (pour nous tous, en langue tupuri), la symbolique prend chair. Autour d’une bière, camionneurs, habitants et voyageurs se côtoient. «Ici, on boit ensemble. Peulh, Tupuri, Bamenda, Ouest… on est tous des clients», sourit le gérant. Mais Ngong ne vit pas que de la route. Elle s’est construite sur une base agriculture solide. Maïs, arachides, haricots, produits vivriers : les champs alentours alimentent la ville et au-delà. Les cargaisons partent vers Garoua, Ngaoundéré, Yaoundé, et franchissent parfois les frontières. «L’agriculture, c’est notre banque», explique Hamidou, producteur autochtone. «C’est elle qui a construit les maisons, ouvert les commerces, attiré les autres communautés». Cette richesse agricole a favorisé l’installation de populations venues du Noso, de l’Ouest et même d’expatriés, notamment dans la restauration et le commerce.

Quand la route fabrique la cohésion
Contrairement à d’autres villes, Ngong ne connaît pas de tensions communautaires majeures. «On s’est habitués les uns aux autres», explique la tenancière d’un débit de boisson. «Tant que tu travailles et respectes les gens, tu es chez toi ici». Pour le sociologue Pr. Mahamat Alim, ce modèle n’est pas un hasard : «Ngong est un espace fonctionnel. La route, le commerce et l’agriculture imposent la coopération. Le vivre-ensemble n’est pas idéologique, il est pratique». Selon les experts, la particularité de Ngong tient à son statut de carrefour. «Les villes de transit développent souvent des formes de tolérance. Le passage constant empêche le repli identitaire durable», analyse la sociologue Dr Aïssatou Bello. À Ngong, chacun est à la fois hôte et de passage. Cette mobilité permanente limite les logiques d’exclusion et favorise une intégration par l’économie et la convivialité. Ngong ne fait pas la une des journaux. Pourtant, dans un contexte national marqué par les tensions identitaires et sociales, cette commune offre une leçon silencieuse : le vivre-ensemble se construit aussi dans les haltes routières, autour d’un plat de soya, d’une bière partagée et d’un champ travaillé ensemble. Ici, la route ne divise pas. Elle relie.

Tom

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