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Mbombok Mbouck Gwem Guillaume : Mort en chair, vivant dans les mémoires

Alors que les obsèques de ce gardien de la tradition Bassa doivent se tenir le 21 février 2026 à Bomakondo par Ndom, la poésie des souvenirs fonde sa prose sur l’étendue de ses œuvres de solidarité et de construction communautaire.

Mbombok Mbouck Ngwem Guillaume, de regrettée mémoire

Sur la langue de Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam, président du Mbog Liiaa, les mots se succèdent, les dates aussi. Et avec eux des épopées vécues personnellement ou entendues de la bouche des ainés et qui rendent témoignage de la valeur d’un homme. Mbombok Mbouck Ngwem Guillaume entré en repos depuis le 9 septembre 2025, à l’âge de 86 ans. Les mots de circonstance choisis avec soin décrivent: «un père de famille, un patriarche et une figure majeure de son temps. Appartenant à une génération charnière, il incarnait à la fois le Mbombok de l’ère des indépendances et celui des temps contemporains. Par son âge, sa posture et sa densité humaine, il était un témoin privilégié de l’histoire récente du Cameroun, mais aussi un acteur engagé de cette histoire», révèle Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam.

Acteur de l’unicité du peuple Bassa
L’illustre disparu est une figure marquante du peuple Bassa-Bati-Mpôo pour lequel il œuvra en faveur d’une union. Toutes choses qu’il fit au sein du Mbog Liiaa – l’association qui réunit toutes les grandes familles Bassa-Bati-Mpôo autour de la culture – dont il fut l’un des fondateurs. «Il assumait pleinement sa mission de Mbombok, celle de conduire son peuple dans ses dimensions essentielles: la gouvernance, la spiritualité et le bien-être collectif. Il s’est acquitté de ces responsabilités avec rigueur, sagesse et dévouement. Son engagement ne s’est pas limité à sa communauté immédiate. Il a contribué activement à l’émergence et au rayonnement de ce peuple. Par son encadrement et son accompagnement, il a participé à l’éclosion de nombreux Ba Mbombok. Laissant derrière lui des traces durables de son action», se rappelle Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam.

Gardien de la civilisation Bassa
Mbombok Mbouck Ngwem Guillaume est la figure emblématique de la défense de la grotte Ngog Lituba. A la tête du Mbog-Parlement, il a su porter la voix des 12 tribus souches Bassa au concert des Nations unies dans un combat contre l’Eglise catholique romaine pour la propriété du site; dénonçant la profanation de cette place mythique; réclamant le retour au Cameroun des vestiges mystiques et du patrimoine traditionnel de la spiritualité du peuple Bassa retenus dans les musées européens depuis la colonisation. «Homme réfléchi et organisé, il a également su préparer l’avenir. Il laisse une continuité vivante en la personne de Mbouck Mbouck Bertrand, son fils, aujourd’hui chef de village et Mbombok à son tour. Soutenu et encouragé par ses aînés, ce dernier est appelé à faire rayonner l’œuvre de son père et à insuffler une dynamique nouvelle pour le bonheur de sa communauté et de l’ensemble de la nation camerounaise», souligne le président du Mbog Liiaa.

Personnalité charitable
L’empreinte de Mbombok Mbouck Ngwem Guillaume, natif du pays Babimbi, prend diverses couleurs au sein de l’élite Bassa-Bati-Mpôo. Il fait partie de cette race d’humains dont le témoignage précède le repos. Des récits oraux, transmis à des générations, scandent sa contribution à la lutte indépendantiste et en faveur de la démocratie au Cameroun. Ses actions sociales en faveur des siens lui valent de la reconnaissance. «Aujourd’hui, le peuple Basa Bati-Mpôo perd un grand homme, un homme qui avait le cœur entre ses paumes de main. Il n’a mené que des œuvres charitables, c’est quelqu’un qui savait porter la douleur, la faim, le manque et l’insuffisance des autres. Et il s’attelait à chercher des solutions, à compenser cela, même lorsqu’il ne pouvait pas. Il s’est beaucoup sacrifié pour la communauté Bassa. Quand il travaillait à la Sosucam Mbombok Mbouck distribuait du sucre dans tout l’arrondissement (Ndom, Sanaga maritime). Donc vous comprenez que c’est un enfant à l’époque, qui a été bien aimé, il a su encadrer, garder ses parents, il a aussi reçu de ses parents, dans tous les villages confondus de son arrondissement, toutes les bénédictions qu’un parent peut donner à son fils», rapporte Mbombok Bayemeck du témoignage reçu son défunt père.

Des oracles qui s’accomplissent
La vie de Mbombok Mbouck et les actions qu’il a posées pour la construction de sa communauté transcendent la simple volonté personnelle de bien agir. Sa voie fut tracée bien avant lui, a en croire Mbombok Bayemeck. «Son papa, chef traditionnel, avait eu des petits bobos avec sa maman. Sa maman a fait une fugue, elle est rentrée dans son village en amenant son fils avec elle. Les Mbombok se sont réunis très tôt le matin. Ils sont allés réveiller son père à 4 heures du matin en lui disant que ce Mbouck Guillaume, l’unique fils que tu auras, c’est lui qui fera émerger ce village et cette chefferie. Il faut aller le chercher. Donc, son père Gwem était obligé de préparer une délégation à l’époque pour aller récupérer sa femme et son enfant. Et l’histoire n’a pas menti, Mbombok Mbouck a été l’unique fils de Gwem. Il a fait émerger sa famille. Aujourd’hui on compte des docteurs, des entrepreneurs, des ingénieurs…Tous ceux dont la société a besoin techniquement pour son émergence se recrutent aujourd’hui dans cette famille», narre-t-il. Les obsèques officielles en sa mémoire se tiendront dans son village à Bomakondo par Ndom, le 21 février prochain.

Laurelle Tiani (stagiaire)

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