À l’approche du 8 mars 2026 : le pagne fait la loi… et tourner les machines à Yaoundé
Ici et là, l’étoffe s’arrache comme un produit de première nécessité, malgré des prix qui flambent jusqu’à 15 000 FCFA. Dans les ateliers et les marchés, la fièvre textile relance les machines à coudre et fait tourner à plein régime l’économie informelle.

À Yaoundé, à une semaine de la Journée internationale des droits des femmes, le pagne est partout. Dans les marchés, les salons de couture, les domiciles transformés en ateliers improvisés et même sur les épaules de vendeurs ambulants qui le brandissent comme un trophée. Malgré des prix qui donnent parfois le tournis entre 12 000, 13 000, 14 000 et jusqu’à 15 000 FCFA selon l’humeur du vendeur le tissu officiel du 8 mars semble être la chose qui manque le moins en 2026. Comme si, cette année, la pénurie avait pris des congés.
Dans son atelier bondé, Rose ne sait plus où donner du fil. Les pagnes s’empilent, les robes colorées sont déjà exposées et la porte ne cesse de s’ouvrir. « Cette année, je ne travaillerai pas le jour du défilé. J’ai déjà plus de 200 habits cousus », confie-t-elle, entre deux essayages. Un record personnel. Les clientes, autrefois habituées à courir derrière un tissu introuvable, arrivent désormais le sourire aux lèvres. La couturière, qui fermait d’ordinaire à 18 heures, travaille désormais jusqu’à 22 heures, parfois minuit. À ce rythme, même sa machine réclamerait presque une prime d’heures supplémentaires.
Autre surprise : la présence remarquée des hommes dans l’atelier. Certains tiennent les sacs, d’autres négocient les mètres de tissu avec un sérieux d’expert textile. Éphrem, le mari de Rose, enseignant le jour, vendeur de pagnes le soir, prête main-forte après les cours. Il présente les motifs, vante la qualité et rassure les clientes. Le couple forme une équipe rodée, portée par la fièvre du 8 mars.
À Mfou, Édith, 44 ans, coud malgré un mal de nerf persistant, conséquence de longues années passées sur une machine manuelle. « La maladie va seulement attendre », lâche-t-elle, stoïque. Pour cette mère célibataire, impossible de lever le pied en pleine saison faste. Les frais de scolarité ne connaissent ni pause ni compassion. Alors elle enchaîne les kabas, le regard concentré, les gestes précis. Le 8 mars, pour elle, n’est pas qu’une célébration : c’est une bouffée d’oxygène financière.
À Ekoumdoum, Denise a ressorti ses deux machines après avoir temporairement rangé les ciseaux pour vendre des vivres. Dans son petit conteneur, les tomates partagent désormais l’espace avec les aiguilles. « Je dois aussi prendre ma part du 8 mars », dit-elle avec pragmatisme. La couture n’empêche pas la vente de condiments ; au contraire, elle attire la clientèle. Une femme venue acheter de la tomate repart parfois avec un modèle de robe en tête.
En 2026, le pagne ne se contente pas d’habiller les femmes pour le défilé. Il dynamise l’économie informelle, rallonge les journées de travail et redonne le sourire à des ateliers longtemps silencieux. À Yaoundé, on le sait : quand arrive le 8 mars, les machines à coudre chauffent plus que le soleil de midi, et le pagne devient, l’espace de quelques jours, le véritable moteur textile de la capitale.
André Gromyko Balla



