Mandoul oriental : les ONG financent et Djasra écrit l’histoire
Dans cette partie du Tchad, la pauvreté rurale persiste malgré des milliards de francs CFA injectés par les ONG. C’est ce constat que le Dr Djasra Edmond a fait sien dans sa thèse de doctorat Phd soutenue le 13 janvier 2026 : Financement par les ONG et développement rural dans le sud du Tchad.

Entre potentialités agricoles, humaines et économiques, la Région pourrait nourrir des milliers de familles si seulement les mécanismes de financement n’étaient pas aussi complexes que les recettes de grand-mère. Entre 2014 et 2024, les Organisations non gouvernementales (ONG) ont alloué 3,1 milliards de F CFA à l’agriculture, l’élevage, l’éducation ou la transformation des produits locaux. Et pourtant, l’insécurité alimentaire reste tenace, le pouvoir d’achat faible et la malnutrition galopante, comme pour rappeler que l’argent seul ne suffit pas à faire pousser le progrès.
Face à ce constat, Djasra Edmond propose des solutions simples et élégantes : consultation des populations avant le financement, diversification des activités économiques locales, vulgarisation du warrantage et renforcement des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC). « Même un petit projet bien structuré vaut mieux qu’un grand rêve mal organisé », dit-il avec le sourire d’un homme qui a vu bien de parcours semés d’embûches.
Car le Dr Edmond n’a pas seulement étudié le développement rural ; il l’a vécu. Né le 30 octobre 1981 à Maleldi, il parcourt 7 km à pied chaque jour pour rejoindre le collège après une grave maladie qui l’avait cloué au lit pendant deux ans. La vie, déjà joueuse, lui retire son père en classe de 6e et le confie à un oncle à la retraite et au porte-monnaie conséquemment famélique. Mais rien ne l’arrête : les amis deviennent des conducteurs à vélo de fortune et la détermination devient sa meilleure alliée.
Après un Baccalauréat décroché au Lycée Adoum Dallah de Moundou, l’Université de N’Djaména refuse de l’accueillir à deux reprises. Dieu merci, une cousine et son ami lui ouvrent la porte d’Abéché, où il décroche DEUG et Licence en géographie, tout en travaillant comme agent de sécurité le week-end. Trois ans plus tard, il s’envole pour le Cameroun et poursuit ses études à N’Gaoundéré puis à Dschang, où il obtient Master et Doctorat.
À chaque étape, il combine humour et élégance : « Même si mes cheveux deviennent blancs, j’écrirai un jour Dr devant mon nom », confiait-il à ses camarades du cycle Licence. Promesse tenue.
Aujourd’hui, le Dr Djasra Edmond est plus qu’un chercheur : il est bâtisseur, poète du développement rural et gentleman du terrain. À travers le Groupement des Arboriculteurs Fruitiers et d’Élevage (GAFREL), il soutient l’agroforesterie, l’apiculture et l’alphabétisation, tout en invitant financeurs et ONG à structurer les projets pour qu’ils profitent vraiment aux producteurs ruraux.
Son message est clair et séduisant : « l’argent peut faire pousser les graines, mais seul l’accompagnement transforme les récoltes en prospérité ». Et pour lui, « après sept kilomètres à pied pour aller à l’école, aucun chemin n’est vraiment trop long pour faire germer l’espoir dans le Mandoul oriental ».
Marie-Noëlle Etoungou



