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Paludisme à l’Extrême-Nord : les communautés locales piégés par le moustique tueur

Entre pauvreté, accès limité aux soins et flambée des cas, elles continuent de vivre sous la menace permanente d’une maladie qui transforme chaque fièvre en course contre la mort.

Quartier Djoursoungo ( Maroua), séance de sensibilisation à l’utilisation de la moustiquaire

Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, le paludisme ne se limite plus à une simple pathologie saisonnière. Il s’impose comme une crise sanitaire structurelle, profondément ancrée dans le quotidien des communautés rurales. À Maroua, Mokolo, Kousseri, Mora ou Yagoua, la maladie circule au rythme des pluies, des eaux stagnantes et des habitations précaires, transformant chaque saison humide en période de forte alerte sanitaire.

Selon les données sanitaires nationales consolidées en 2025, le Cameroun a enregistré plus de 2 millions de cas confirmés de paludisme, avec une part estimée à plus de 25 % des consultations dans les formations sanitaires publiques. Dans l’Extrême-Nord, région la plus touchée du pays, les autorités sanitaires locales confirment une pression constante sur les centres de santé, où le paludisme demeure la première cause de consultation et d’hospitalisation pédiatrique. Dans certaines formations sanitaires appuyées par des organisations humanitaires, la tendance est constante : jusqu’à un quart des consultations mensuelles concernent le paludisme, notamment dans les zones comme Yagoua ou Kourgui où les taux dépassent régulièrement les 20 % des cas enregistrés. Ces chiffres traduisent une réalité de terrain marquée par la répétition des épisodes fébriles, la vulnérabilité des enfants de moins de cinq ans et la difficulté d’accès rapide aux soins.

Sur le terrain, les professionnels de santé décrivent une situation préoccupante. « Nous recevons quotidiennement des dizaines de cas, surtout des enfants de moins de cinq ans. La plupart arrivent tard, déjà affaiblis, parfois après plusieurs jours d’automédication », explique un médecin du district de santé de Maroua II. Il ajoute : « Le problème, ce n’est pas seulement la maladie, c’est aussi l’accès aux soins, la distance et la pauvreté qui retardent la prise en charge ».

Les communautés locales, elles, vivent cette réalité avec résignation mais aussi inquiétude. À Maga, une mère de famille témoigne : « Quand la fièvre commence la nuit, on sait déjà que c’est le palu. Mais parfois, il faut attendre le matin pour trouver de l’argent ou une moto pour aller au centre de santé. » Dans les villages plus enclavés, certains habitants évoquent encore le recours aux remèdes traditionnels en première intention, faute d’accès immédiat aux structures médicales.

Médecins sans frontières
Pour les acteurs humanitaires présents dans la région, la situation reste fragile. Les équipes de santé communautaire appuyées par des organisations comme Médecins Sans Frontières multiplient les interventions de proximité. Un responsable de terrain souligne : « Nous sommes dans une logique d’urgence permanente. Le diagnostic et le traitement rapide sauvent des vies, mais les facteurs environnementaux et sociaux continuent d’alimenter la transmission. »

Les chiffres sur la mortalité rappellent la gravité du phénomène. Le paludisme reste l’une des principales causes de décès chez les enfants au Cameroun, avec plus d’un millier de morts enregistrés en 2025 selon les bilans sanitaires disponibles. Dans l’Extrême-Nord, les spécialistes estiment que la vulnérabilité est encore plus élevée en raison de la pauvreté, des déplacements de populations liés à l’insécurité et du manque d’infrastructures sanitaires dans certaines zones rurales. « Le paludisme ici est un phénomène social autant que médical », analyse un expert en santé publique basé à Maroua. « Tant que les conditions de vie ne s’améliorent pas (logement, accès à l’eau potable, moustiquaires, sensibilisation) la transmission restera élevée ».

Sur le terrain, les communautés tentent malgré tout de s’adapter. Des relais communautaires sillonnent les villages pour sensibiliser sur l’usage des moustiquaires imprégnées et les premiers signes de la maladie. Mais les obstacles restent nombreux. « Même avec les moustiquaires, la chaleur pousse parfois les enfants à dormir dehors », confie un habitant de Bogo. « Et quand les pluies arrivent, les moustiques deviennent partout ».

Entre efforts humanitaires, engagement des agents de santé et résilience des populations, la lutte contre le paludisme dans l’Extrême-Nord reste un combat quotidien, encore loin d’être gagné. Dans cette région sahélienne où la maladie s’est installée comme une constante du paysage sanitaire, chaque cas grave rappelle une réalité simple : ici, la fièvre n’est jamais anodine.

Rémy Biniou

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