Au village Bonateki : l’union fait la force
Le préfet du Wouri a annulé ce mercredi la création d’un village autonome au quartier Grand Moulin, au sein du canton Deïdo.

Il n’y aura pas une chefferie de 3e degré à Grand Moulin, quartier du village Bonateki. La décision a ainsi été prise au terme d’une rencontre entre une délégation des chefs Sawa et le préfet du Wouri Sylyac Marie Mvogo. « Non seulement cela ne se passera pas à Grand Moulin, mais selon la promesse faite par le préfet, il n’yaura plus de telles choses nulle part à Douala », a déclaré le 3 juin 2026, Sa Majesté Ekabouma Njoh Sylvain. Ce qui suffit à témoigner de la fin de la querelle avec le sous-préfet Arnaud Heugang. Laquelle est liée à la création d’une chefferie de troisième degré au lieu-dit Grand Moulin, un quartier du village Bonateki. L’initiative a depuis rencontré l’opposition de la communauté Sawa à tous ses niveaux de représentation. On y dénonce une tentative de partition du territoire de Bonateki où règne depuis une soixantaine d’années Sa Majesté Ekabouma Njo Sylvain. Lequel est d’ailleurs monté au créneau du haut pour recadrer l’autorité administrative : « Un quartier du village Bonateki, il n’y a ni notabilité, ni territoire disposant d’une communauté autochtone, d’une langue, d’une culture, d’une tradition duala, par conséquent, monsieur le sous-préfet nous souhaitons que vous retiriez votre projet de créer un village dans mon territoire de commandement. »
Au Cameroun, les chefferies de 3ᵉ degré correspondent au commandement traditionnel des villages. Elles sont créées par arrêté préfectoral. À en croire Olivier Mbeg, en service à la sous-préfecture de Ngambé, rien n’est acquis avant l’acte final du ministre de l’Administration territoriale. « On peut faire des consultations, mais si le processus de désignation du chef est entaché d’irrégularités, alors il peut y avoir annulation : il faut respecter la loi », indique-t-il. Au sujet de la désignation de l’autorité administrative d’un village, celle-ci s’opère au sein des familles appelées à exercer coutumièrement ce commandement, rappelle la loi du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. « La succession s’ouvre en cas de vacances à la chefferie par suite de décès, destitution, démission, incapacité permanente dûment constatée », souligne-t-il.
La réalité du problème dénoncé se trouve dans un communiqué du Ngondo (l’assemblée traditionnelle du peuple Sawa). Ce dernier a, en date du 1ᵉʳ juin, publié un communiqué rappelant les communautés installées à l’ordre. « Le Ngondo rappelle à toutes les populations installées dans un village Sawa l’impératif devoir de s’aligner par le processus d’intégration derrière le pouvoir traditionnel local en place » martèle le Ngondo, et d’ajouter : « Les populations Sawa sont aujourd’hui excédées par les multiples et périlleuses provocations de certains administrateurs qui ont délibérément choisi de faire de la légendaire terre d’accueil Sawa le laboratoire privilégié de leurs tentatives hasardeuses, motivées par des intérêts personnels, remettant ainsi en cause le précieux et inestimable vivre-ensemble camerounais. »
Le village Bonateki
Ledit village fait partie du canton Deïdo. Lequel est lui-même une partie intégrante des six cantons qui composent sociologiquement la ville de Douala. Notamment les cantons Akwa, Bell, Bélè-Bélè, Deïdo, Bassa et Bakoko ; pour un total de 72 villages dont la répartition confère 20 villages au canton Akwa, 4 les Bell, 6 pour les Deïdo, 14 pour les Bélè-Bélè, 23 pour les Bassa et 7 pour le canton Bakoko Wouri. La population y est cosmopolite avec une forte composante de ressortissants du Haut-Nkam : « Ce sont des populations qui sont arrivées dans les années 60, qui ont été accueillies dans notre canton, qui font partie intégrante du village Bonateki. Le problème qui se pose aujourd’hui n’est pas récent. Nous n’avons aucun problème avec les populations que nous avons accueillies chez nous. Ils sont installés chez nous tant qu’ils sont dans le respect de nos us et coutumes », souligne le prince Deïdo Moses Essaka.
Le village Bonateki, comme l’ensemble des villages de Douala, a subi de fortes pressions démographiques. Les conséquences pour les communautés autochtones sont remises au goût du jour à l’occasion de l’initiative contestée du sous-préfet Arnaud Heungap. « Chaque village est organisé. Il y a des terres d’habitations, des terres pour les plantations et les terres non habitables donc marécageuses. Les 72 villages de la ville de Douala sont eux aussi organisés de la même façon. C’est ça le problème que nous avons aujourd’hui à Douala, plus précisément à Deido. Parce que beaucoup de gens qui sont arrivés pendant la période du maquis se sont installés sur les zones réservées pour nos champs, ainsi que dans les zones non habitables, et c’est pourquoi il y a autant d’inondations à Douala », renseigne le prince dans une intervention live sur Facebook.
Le ton s’est durci depuis les différentes sorties épistolaires des dignitaires Sawa, avec en fond de toile la protection du patrimoine foncier restant des six cantons de Douala. Pour en exposer les faits, le prince Deïdo Moses Essaka à la période postindépendance « Du temps du président Ahidjo, il y a eu un problème au marché Congo où la plupart des gens qui sont installés aujourd’hui à Bessengue, New Deïdo et Grand Moulin habitaient. Le président Ahidjo a fait brûler le marché et feu papa Fampou Dagobert, qui était adjoint au maire en même temps que mon grand-père le roi Ekwalle Saka, est venu le voir pour lui demander un espace pour recaser les populations. C’est comme ça que mon grand-père a offert cette zone à l’administration, qui est une zone de recasement. Le quartier Grand Moulin est une zone de recasement, mais le nom de cet endroit originellement c’est Ngwelè, dans le village Bonateki ; C’est là où les populations du village avaient leurs champs. C’est ainsi que ces populations sinistrées se sont installées, ainsi que ceux qui étaient venus travailler dans l’usine Grand Moulin. Il n’y a pas un individu dans cet endroit qui a un titre foncier. Pareil que New-Bell ou New Akwa qui est devenu Mboppi », apprend-on. La communauté Sawa poursuit ses démarches auprès des autorités camerounaises en vue de l’annulation des consultations publiques programmées ce 5 juin 2026 par le sous-préfet de Douala.
Louise Nsana



