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L’église dit non : les évêques face au Cameroun des violences

Réunis à Yaoundé pour leur 51e assemblée plénière, les évêques du Cameroun ont ouvert leurs travaux par une condamnation ferme des violences qui secouent le pays. Dans un contexte où le pouvoir politique instrumentalise la visite du pape Léon XIV à des fins de légitimation, la Conférence épiscopale nationale reprend la parole et entend bien en définir les termes.

Évêques du Cameroun, réunis lors de la 51e assemblée plénière ordinaire

Yaoundé, 2 juin 2026, réunis pour l’ouverture de leur 51e assemblée plénière ordinaire, les évêques du Cameroun ont choisi de ne pas commencer par les célébrations. C’est une condamnation qui a ouvert les travaux. « La morale de l’Église catholique est claire. L’Église a toujours condamné les actes de violation du droit humain et de la dignité humaine ». La formule de Mgr Andrew Nkea, président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC) et archevêque de Bamenda, était ferme. Pas de circonlocutions, pas de langue diplomatique. Un non catégorique aux « actes de barbarie qui affectent le peuple de Dieu ».
Les évêques ne citent ni régions, ni auteurs, ni victimes nommément. Mais nul n’ignore le contexte dans lequel cette assemblée se tient : une crise sécuritaire persistante dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des féminicides en hausse documentée, des violences sexuelles sur mineurs que le communiqué du RDPC, traitait lui aussi, en quelques lignes, en fin de texte, après des pages de consignes électorales. Le contraste est saisissant. Là où le parti au pouvoir place les violences faites aux femmes et aux enfants en queue de priorités, l’Église en fait le premier acte de son rassemblement annuel.

La visite du pape Léon XIV au Cameroun en avril dernier a laissé deux lectures en concurrence. Celle du RDPC, exprimée dans son communiqué du 3 juin, en fait une caution internationale au régime et un désaveu implicite des évêques critiques du pouvoir. Celle de la CENC est radicalement différente. Mgr Nkea a transformé l’héritage papal en programme d’actions concret : renforcement de la collégialité épiscopale, réconciliation authentique, changement de mentalité, dialogue permanent. « La paix, en réalité, ne se décrète pas. Elle se vit et s’accueille », a-t-il déclaré. Une phrase que l’on peut entendre comme une réponse directe aux discours officiels sur la stabilité et l’unité nationale, des notions que le pouvoir produit volontiers par décret ou par communiqué.

Soixante ans après sa création, la CENC veut faire de 2026 « l’année Léon XIV ». Non comme commémoration, mais comme « année de conversion et d’actions dans un pays affecté par des crises et des drames ». La formulation est pastorale. Elle est aussi politique. Il est difficile de lire l’intervention de Mgr Nkea sans tenir compte de son ancrage géographique. Archevêque de Bamenda, il est le pasteur de la région la plus meurtrie par la crise anglophone depuis 2016. Sa présence à la tête de la CENC, son ton, sa décision d’ouvrir l’assemblée sur les violences plutôt que sur les anniversaires, tout cela porte la marque d’un homme qui voit de près ce que les communiqués officiels tendent à euphémiser.

Face à lui, Mgr Jean Mbarga, archevêque de Yaoundé, a choisi l’autre registre : les jubilés, les gratitudes, les 70 ans de l’archidiocèse, les 125 ans de l’évangélisation à Mvolyé. Et la reconnaissance, le 22 mai dernier, des vertus héroïques du frère Jean-Pierre Ebogo, Camerounais de Yaoundé, second compatriote à accéder au rang de vénérable. « Une immense joie pour toute l’Église », a-t-il confié, visiblement ému. La juxtaposition des deux hommes, l’un portant les blessures du NOSO, l’autre célébrant les grâces de la capitale, dit quelque chose de la géographie inégale de la souffrance au Cameroun.

Les évêques travaillent cette semaine en commissions, à huis clos. Leurs conclusions alimenteront un message qui, comme à chaque assemblée plénière, sera scruté dans les chancelleries, dans les paroisses, dans les préfectures et dans les cercles politiques. L’Église catholique compte plus de cinq millions de fidèles au Cameroun. Sa parole n’est jamais sans effet. La vraie question, à l’issue de ces travaux, sera celle-ci : les évêques iront-ils jusqu’à nommer ce qu’ils condamnent ? Ou la prudence institutionnelle l’emportera-t-elle, une fois de plus, sur la lucidité pastorale ?

Tom.

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