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Crise anglophone : La CENC rejoue l’homélie papale

Dix ans après le début du conflit anglophone, l’Église catholique fait du message de Léon XIV un ultimatum moral adressé aux dirigeants camerounais.

Dix ans de guerre larvée, des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés et une fracture toujours béante entre les régions anglophones et le pouvoir central. Dans ce paysage assombri par la violence, les évêques catholiques du Cameroun ont choisi de faire entendre une voix singulière : celle du pape Léon XIV.
Réunis du 31 mai au 5 juin à Mvolyé, à Yaoundé, dans le cadre de leur 51e Assemblée plénière ordinaire, les prélats camerounais ont consacré une large part de leurs travaux à la récente visite apostolique du souverain pontife. Un déplacement historique effectué du 15 au 18 avril dernier à Yaoundé, Douala et Bamenda, dont les évêques entendent désormais prolonger l’héritage bien au-delà de l’émotion populaire qu’il a suscitée.

À la lecture du communiqué final, une conviction se dégage : pour l’Église catholique camerounaise, le message du pape ne relève pas seulement du spirituel. Il constitue un outil politique au sens noble du terme, une boussole morale destinée à orienter les gouvernants comme les citoyens. « Nous faisons appel à tous les Camerounais pour lire et relire les messages du Saint-Père », a insisté Mgr Andrew Nkea, archevêque de Bamenda et président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC). Pour le prélat, les discours prononcés au Palais de l’Unité, à Douala et surtout à Bamenda contiennent des pistes concrètes pour sortir le pays de l’impasse.

Le ton tranche avec la prudence habituelle de l’institution ecclésiale. Derrière l’invitation à méditer les paroles pontificales se dessine une critique à peine voilée de la gouvernance actuelle. Lorsque Mgr Nkea rappelle que « gouverner revient à écouter les citoyens » ou que « l’autorité publique doit être un pont et non un facteur de division », il ne s’adresse pas seulement aux fidèles. Le message vise directement les détenteurs du pouvoir.
Dans un Cameroun traversé par les frustrations sociales, les inégalités économiques et les tensions politiques, l’Église entend rappeler qu’aucune stabilité durable ne peut se construire sans dialogue ni justice. Une position qui rejoint les préoccupations exprimées à plusieurs reprises par Léon XIV durant son séjour.

Il est d’autant plus fort que le pape s’est rendu à Bamenda, épicentre de la crise anglophone. Un déplacement que les populations locales ont vécu comme une marque de reconnaissance après des années d’isolement et de souffrances. Pour Mgr Nkea, cette visite a produit ses premiers effets. « Depuis le passage du Saint-Père, nous constatons une certaine accalmie », affirme-t-il. L’archevêque de Bamenda ne compte pas laisser retomber cette dynamique. Il annonce déjà la rédaction d’un « catéchisme de la paix » inspiré des enseignements du souverain pontife. L’objectif : diffuser ce message dans les écoles, les universités, les paroisses et les mouvements de jeunesse afin d’en faire un véritable instrument d’éducation civique.
Cette initiative traduit la volonté de l’Église de passer du constat à l’action. Car les évêques savent que les appels à la paix ne suffisent plus. Après une décennie de conflit, la lassitude gagne les populations tandis que les solutions politiques peinent à émerger.

Au fond…
La hiérarchie catholique pose une question simple mais redoutable : que reste-t-il d’un message de paix lorsqu’il n’est pas traduit en actes ? Pour les évêques camerounais, la réponse est claire. Les paroles de Léon XIV ne doivent pas demeurer suspendues dans les homélies ou les archives officielles. Elles doivent irriguer la vie publique. Dans un pays où les institutions peinent souvent à restaurer la confiance, l’Église tente ainsi de se positionner comme un médiateur moral. Une posture qui n’est pas nouvelle, mais qui prend aujourd’hui une dimension particulière. Car derrière l’hommage rendu au pape se lit également un avertissement : sans écoute, sans dialogue et sans justice sociale, aucune paix durable ne pourra être bâtie.
À travers ce communiqué final, les évêques ne se contentent donc pas de célébrer une visite pontificale. Ils transforment un événement religieux en interpellation nationale. Et rappellent, à leur manière, qu’au Cameroun la paix reste moins une réalité qu’un chantier ouvert.

Olivier Mbessité

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