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Recapitalisation forcée : les banques camerounaises plient sous le vent de la COBAC

Depuis quelques semaines, les salles de réunion des banques camerounaises ressemblent davantage à des guichets de recapitalisation qu’à des temples de la finance.

À Yaoundé comme à Douala, les convocations aux assemblées générales extraordinaires se multiplient. Les conseils d’administration s’activent, les actionnaires sont appelés à remettre la main à la poche et les commissaires aux comptes n’ont jamais autant scruté les bilans. À l’origine de cette agitation inhabituelle : le durcissement des exigences prudentielles imposé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC).
Le régulateur sous-régional a décidé d’accélérer la mise en conformité des établissements de crédit avec les nouvelles normes de solvabilité et de couverture des risques. Une évolution qui oblige plusieurs banques opérant au Cameroun à renforcer leurs fonds propres afin de satisfaire aux seuils réglementaires désormais exigés.

Ces dernières semaines, plusieurs établissements financiers ont ainsi convoqué des assemblées générales extraordinaires pour approuver des augmentations de capital parfois substantielles. Une opération qui vise à améliorer leur capacité d’absorption des chocs financiers, à renforcer leur résilience face aux risques de crédit et à consolider la confiance des déposants.
Derrière cette vague de recapitalisation se cache une préoccupation plus profonde. Depuis plusieurs années, le secteur bancaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) évolue dans un environnement marqué par la volatilité des marchés, les tensions géopolitiques, les effets persistants des crises sanitaires et l’émergence de nouveaux risques liés à la digitalisation.

Analyse
« Les superviseurs ne veulent plus attendre que les difficultés apparaissent avant d’agir », analyse un expert bancaire basé à Yaoundé. « La philosophie actuelle de la régulation consiste à renforcer les défenses des banques en amont afin d’éviter toute vulnérabilité systémique. » Selon lui, l’objectif de la Cobac n’est pas de sanctionner les banques mais de les préparer à un environnement de plus en plus complexe. Cyberattaques, concentration des risques, exigences de conformité internationale, développement rapide des fintechs : autant de défis qui nécessitent des établissements mieux capitalisés.
Pour certaines banques, l’exercice est relativement confortable. Soutenues par de puissants groupes bancaires régionaux ou internationaux, elles disposent de marges suffisantes pour injecter rapidement de nouveaux capitaux. Pour d’autres, en revanche, la mobilisation des ressources pourrait s’avérer plus délicate. « La recapitalisation constitue un test grandeur nature de la solidité des actionnaires », observe l’économiste camerounais Jean-Pierre Nsame. « Lorsqu’un établissement doit augmenter son capital, il révèle indirectement la capacité de ses propriétaires à accompagner sa croissance et à soutenir son développement sur le long terme. »

Effet
Cette exigence pourrait d’ailleurs accélérer la recomposition du paysage bancaire sous-régional. Les établissements les plus fragiles pourraient être contraints de rechercher de nouveaux investisseurs ou d’envisager des rapprochements stratégiques afin de satisfaire durablement aux normes prudentielles.

Pour les entreprises et les particuliers, cette montée en puissance des fonds propres présente également des avantages. Une banque mieux capitalisée dispose généralement d’une capacité plus importante à financer l’économie tout en absorbant les risques liés à son activité. Elle inspire également davantage confiance aux investisseurs internationaux et aux partenaires institutionnels.
À la COBAC, le message est clair : la croissance du secteur bancaire ne peut plus reposer uniquement sur l’augmentation des dépôts ou l’expansion des réseaux d’agences. Elle doit s’appuyer sur des assises financières robustes capables de résister aux turbulences économiques futures.

Dans les salles feutrées où se tiennent actuellement les assemblées générales extraordinaires, les débats portent certes sur des millions, parfois des milliards FCFA. Mais l’enjeu dépasse largement les chiffres. Il s’agit de préparer le système bancaire camerounais à affronter la prochaine décennie.
Une décennie où la solidité financière ne sera plus un avantage concurrentiel. Elle deviendra une condition de survie.
Et dans cette nouvelle équation prudentielle, la Cobac semble avoir choisi son camp : celui des banques capables de transformer le capital en bouclier plutôt qu’en simple ligne comptable.

Jean -René Meva’a Amougou

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