Inondations à Yaoundé : le Mfoundi déborde, les failles de la gouvernance urbaine refont surface
Les fortes pluies qui se sont abattues sur Yaoundé la semaine dernière ont provoqué de nouvelles inondations dans plusieurs zones riveraines du Mfoundi. Au-delà des dégâts matériels enregistrés chez les commerçants et les habitants, cet épisode relance le débat sur la gestion de l’assainissement urbain et la vulnérabilité croissante des populations installées dans les zones à risque.

Yaoundé, trois jours après les pluies diluviennes qui ont fait sortir le Mfoundi de son lit, les stigmates de la catastrophe restent visibles aux abords de la Poste centrale et de la boulangerie Acropole. Sur les murs, des traces de boue témoignent encore de la hauteur atteinte par les eaux. Dans les boutiques, les commerçants tentent de sauver ce qui peut l’être tandis que les habitants s’affairent à nettoyer les débris charriés par les torrents.
Sous un ciel encore menaçant, les conversations tournent autour d’une même question : pourquoi les mêmes scènes se répètent-elles chaque saison des pluies ? « Nous avons perdu une bonne partie de notre stock. Les eaux sont montées très vite, nous n’avons pratiquement rien pu sauver », raconte Owona Blanchad, commerçant installé dans le secteur depuis plusieurs années. À quelques mètres de là, un vendeur de fournitures scolaires évalue ses pertes à plusieurs centaines de milliers de francs CFA.
Pour de nombreux riverains, le débordement du Mfoundi n’est pas un phénomène exceptionnel. « Nous savons que chaque grande pluie représente un danger. Le problème, c’est que rien ne semble changer », déplore Claude Ananga, employé dans le quartier. Interrogé sur la situation, un responsable technique de la mairie de la ville de Yaoundé, ayant requis l’anonymat, reconnaît que la croissance urbaine exerce une pression considérable sur les infrastructures d’assainissement. « Des opérations de curage sont régulièrement menées, mais l’occupation anarchique des berges, l’accumulation des déchets et l’urbanisation rapide compliquent la gestion des eaux pluviales », indique-t-il. Une explication qui peine toutefois à convaincre certains habitants, lesquels dénoncent l’insuffisance des mesures préventives et l’absence de communication officielle après les inondations.
Pour les spécialistes de l’urbanisme, les inondations observées à Yaoundé résultent moins de la pluie elle-même que de facteurs structurels. Selon Antoine Monga, les villes africaines confrontées à une urbanisation rapide paient souvent le prix d’investissements insuffisants dans les infrastructures de drainage et d’assainissement. À Yaoundé, cette réalité se traduit par une concentration des risques dans les quartiers les plus exposés. « Les populations modestes occupent fréquemment les zones basses ou les espaces proches des cours d’eau, où les terrains sont plus accessibles. Ce sont elles qui subissent en premier les conséquences des inondations », analyse-t-il.
Cette situation met en lumière une fracture territoriale persistante. Tandis que certains quartiers situés sur les hauteurs sont relativement épargnés, les zones riveraines du Mfoundi continuent de concentrer les risques humains et économiques.
Au-delà du nettoyage actuellement en cours, plusieurs observateurs appellent à une approche plus globale combinant contrôle de l’occupation des sols, amélioration du système de drainage, collecte efficace des déchets et sensibilisation des populations.
Pour les habitants rencontrés sur le terrain, l’enjeu est désormais de rompre avec une logique de réaction ponctuelle. Car si les pluies exceptionnelles ne peuvent être évitées, leurs conséquences, elles, peuvent être atténuées.
En attendant, les commerçants comptent leurs pertes et le Mfoundi poursuit son cours au cœur d’une capitale où chaque saison des pluies rappelle les fragilités d’un modèle urbain sous tension.
Tom.



