AGOA : le Cameroun remet son passeport américain sur la table
Le 27 août prochain, Yaoundé et Washington ouvriront un nouveau chapitre de leur dialogue économique. Au menu : climat des affaires, commerce, investissements, mais surtout le retour du Cameroun dans l’AGOA, ce dispositif qui offre aux économies africaines éligibles un accès préférentiel au marché américain.

C’est une vieille affaire, mais elle reste stratégique. Depuis le 1er janvier 2020, le Cameroun est privé des avantages de l’AGOA, le gouvernement américain ayant alors invoqué des préoccupations liées aux droits humains. Six ans plus tard, Yaoundé entend remettre le dossier sur la table. Le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, l’a clairement signifié le 10 août à John G. Robinson, chargé d’affaires américain à Yaoundé, lors d’une réunion préparatoire au dialogue bilatéral.
L’enjeu dépasse le symbole. L’AGOA permet aux pays bénéficiaires d’exporter vers les États-Unis plus de 1 800 produits sans droits de douane, en complément des produits couverts par le Système généralisé de préférences. Pour un Cameroun qui cherche à diversifier ses débouchés et à transformer davantage localement ses matières premières, retrouver ce sésame commercial serait un atout.
Visées
Mais Yaoundé ne veut pas seulement récupérer son ticket d’entrée. Le gouvernement réclame aussi un accompagnement technique pour financer la production, développer la transformation locale et rendre les entreprises camerounaises capables de satisfaire les exigences du marché américain. Une manière de rappeler qu’un accès préférentiel ne sert à rien si les produits ne sont ni compétitifs, ni suffisamment transformés, ni conformes aux normes internationales.
C’est précisément sur ce terrain que le Cameroun veut également avancer. Il propose aux États-Unis de coopérer à la construction d’un laboratoire national de normalisation et de qualité. L’objectif est de renforcer la certification et le contrôle des produits destinés notamment à l’exportation.
Autre chantier : la future bourse des matières premières. L’étude de faisabilité étant achevée, Yaoundé cherche désormais des partenaires pour concrétiser cette infrastructure censée améliorer la transparence des marchés, informer les producteurs sur les prix et rapprocher l’offre de la demande.
Washington, de son côté, veut élargir le champ de la discussion. Climat des affaires, secteurs minier et technologique, fintech, investissements privés : les Américains entendent regarder au-delà du seul commerce.
En 2025, les échanges de marchandises entre les deux pays ont atteint 457,1 millions de dollars, selon les données américaines. Les importations américaines en provenance du Cameroun ont représenté 287,7 millions de dollars, contre 169,3 millions d’exportations américaines vers le Cameroun.
Le rendez-vous du 27 août aura donc valeur de test. Pour Yaoundé, il s’agit de récupérer l’AGOA. Mais surtout de transformer une préférence commerciale en véritable capacité d’exportation. Avec, en toile de fond, une question simple : le Cameroun peut-il enfin vendre davantage au marché américain, et surtout vendre mieux ?
Ongoung Zong Bella


