Lionnes indomptables : Can féminine 2026
Les Championnes d’Afrique attendent d’être reçu par Paul Biya au Palais d’Etoudi

« le Président Paul Biya, vous attend à Yaoundé avec la Coupe ». La phrase anodine, presque protocolaire Premier ministre Joseph Dion Ngute, à Rabat à la veille de la finale contre le Malawi, a involontairement ouvert une brèche dans le récit officiel. Depuis jeudi soir, Paul Biya est au bercail.
À Rabat, à la veille de la finale de la CAN féminine face au Malawi, le Premier ministre se rend dans la tanière des Lionnes pour transmettre les encouragements du couple présidentiel. Jusque-là, rien que de très classique. Puis vient cette formule, soigneusement distillée: « le Président Paul Biya et son épouse, Chantal Biya, vous attendent à Yaoundé avec la Coupe ». Une phrase qui, dans tout autre contexte, serait une promesse protocolaire. Mais au Cameroun, depuis que Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin pour un séjour privé en Europe, chaque mot qui évoque sa présence physique est décortiqué comme un indice judiciaire.
Depuis son accession au pouvoir en 1982, le système Biya a construit une centralisation extrême. Le président « incarne l’État camerounais », il « définit la politique de la nation » et nomme l’intégralité des ministres et hauts fonctionnaires. Le Premier ministre, « head of Government » en titre, est en réalité un coordonnateur révocable ad nutum. Autant de dispositifs qui font de Paul Biya l’unique centre de gravité du système politique.
Dans ce contexte, la phrase de Dion Ngute évoquait une présence présidentielle sans la confirmer. « Dans ce type de message, le verbe “attendre” peut désigner moins une localisation qu’une promesse de réception », analyse le docteur Biloa Joseph, spécialiste de la communication institutionnelle. Autrement dit, le pouvoir verrouillait le scénario de la réception mais laissait le doute planer sur les conditions de sa réalisation.
Le pouvoir n’ignorait pas que l’absence de Paul Biya alimentait les rumeurs. Mais il savait aussi que les victoires sportives offrent des fenêtres de réconciliation symbolique avec une opinion publique que les crises (anglophone, djihadiste, économique) éloignent chaque jour un peu plus. Alors, les Lionnes ont-elles servies de prétexte pour organiser un retour que l’état de santé du président ou les luttes de successions auraient rendu compliqué ? La question était sur toutes les lèvres à Yaoundé.
En programmant médiatiquement un accueil présidentiel à Yaoundé, le pouvoir transformait les Lionnes en actrices involontaires d’une séquence politique qu’elles ne maîtrisaient pas. Les joueuses ont ramené le trophée, elles ont affronté une foule qui attendait aussi un président. Et Paul Biya n’était pas là. C’était le vide, un vide qui portait la marque d’une parole politique non tenue.
Le calendrier est désormais connu. Les Lionnes sont à Yaoundé, attendant d’être congratulé par le Chef de l’État. Elles n’attendent qu’à être reçues et regagner leurs clubs respectives.
Tom


