Là où nous relevons l’homme, Dieu est présent
Au temps de Jésus, certains signes étaient considérés comme des manifestations privilégiées de la présence du Règne de Dieu: le Temple, la Loi, les sacrifices, les prières, le jeûne, les prescriptions du sabbat, etc.

On pensait que la proximité de Dieu se mesurait d’abord à la fidélité aux institutions et aux rites religieux. Or, lorsque Jean Baptiste, emprisonné, envoya ses disciples demander à Jésus s’il était bien le Messie attendu ou s’il fallait en attendre un autre, Celui-ci ne leur parla ni du Temple, ni des sacrifices, ni du respect scrupuleux de la Loi. Il les renvoya plutôt à ce qu’ils voyaient et entendaient: les aveugles retrouvent la vue, les boîteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
Ce choix de Jésus est loin d’être anodin. Il signifie que le Règne de Dieu ne se reconnaît pas d’abord à la beauté de nos cérémonies, à la multiplication de nos prières ou à notre connaissance des textes sacrés. Il se reconnaît à ses effets dans la vie concrète des personnes. Là où un être humain retrouve sa dignité, là où celui qui était exclu est accueilli, là où celui qui souffre reçoit un soutien, là où un désespéré retrouve une raison d’espérer, le Royaume de Dieu commence à devenir visible.
Croire à des vérités, adhérer à des dogmes ou observer des rites, toutes ces choses ont leur importance, mais elles deviennent vides si elles ne conduisent pas à l’amour concret du prochain, cet être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. La foi chrétienne ne peut rester enfermée dans les églises, les sacristies ou les livres de théologie. Elle doit descendre dans la rue, entrer dans les lieux de souffrance et prendre parti pour la vie et la dignité humaines.
C’est pourquoi l’engagement chrétien consiste, par exemple, à lutter contre tout ce qui bafoue la dignité humaine: l’injustice, l’exclusion, l’ignorance, la faim, la pauvreté, l’oppression, la torture ou la persécution. Il consiste aussi à redonner de l’espérance à ceux qui, fatigués de souffrir et d’échouer, n’attendent plus rien de la vie. Mettre un homme debout, c’est déjà rendre le Royaume de Dieu présent parmi nous.
François d’Assise, Martin de Porès, Martin Luther King, Dom Helder Camara, Simon Mpeke alias Baba Simon, Jacques Gaillot, Mère Teresa de Calcutta ou Sœur Emmanuelle ont marqué l’Histoire moins par leurs paroles que par leur engagement au service des autres en se tenant auprès des pauvres, des exclus, des malades et des humiliés. Leur foi s’est transformée en gestes, en présence, en solidarité et en combat pour la dignité humaine.
Le véritable signe de la présence de Dieu dans notre monde n’est donc pas seulement le nombre de nos églises, de nos processions ou de nos cérémonies. C’est aussi et surtout ce que notre foi produit dans la vie de ceux qui nous entourent. Une foi qui ne relève personne, ne console personne, ne défend personne et ne combat aucune injustice risque de devenir une foi sans visage.
C’est en nous mettant au service de la vie et de la dignité de chacun que nous contribuerons à réaliser la promesse d’Isaïe: « changer le désert en lieu d’abondance.»
Jean-Claude Djéréké



