La ZLECAF face à l’économie de la croissance
L’Union Africaine utilise la ZLECAF comme outil d’application en créant un marché unique, l’UA facilite la libre circulation des compétences, des chercheurs et des start-ups d’un bout à l’autre du continent. pour bâtir une économie de la connaissance robuste, l’Union Africaine a développé un cadre institutionnel précis.

Ce modèle repose sur l’Agenda 2063, la feuille de route cinquantenaire du continent, qui ambitionne de transformer l’Afrique grâce à l’innovation et au savoir. L’Afrique d’aujourd’hui doit davantage faire face à l’économie de la connaissance en cherchant à transformer ses ressources humaines et ses compétences numériques en nouveaux moteurs de croissance.
L’Economie de la connaissance désigne un système économique ou la création, la diffusion et l’exploitation du savoir deviennent les principaux moteurs de la croissance et de la compétitivité. Elle se distingue de l’économie industrielle classique en plaçant le capital immatériel (l’intelligence humaine, les brevets, les logiciels) au-dessus des ressources matérielles.
Peter Drucker (1969) a popularisé l’expression « knowledge economy » dans son ouvrage intitulé « The Age of Economy » ou il introduit par ailleurs le concept de « travailleurs du savoir « (knowledge worker), affirmant que la productivité ne dépend plus de la force physique mais de la capacité a appliquer des connaissances pour générer de la valeur.
Pour opérationnaliser cette vision, l’UA déploie trois grandes stratégies sectorielles complémentaires à savoir :
La STISA: Pilier de la science et de l’innovation: La stratégie pour la science, la technologie et l’innovation pour l’Afrique (STISA) est le moteur technique de cette transition. Elle oriente les efforts des Etats membres vers des priorités concrètes; la résolution des défis locaux; le financement de la recherche et du développement ainsi que la protection intellectuelle.
La CESA 2026-2035: La stratégie continentale pour l’éducation en Afrique (CESA) redéfinit l’école africaine pour la décennie en cours, avec un accent fort sur l’acquisition des compétences pratiques et numériques.
La stratégie de transformation numérique: L’économie de la connaissance ne peut exister sans infrastructures. L’UA pilote une stratégie numérique globale axée sur la souveraineté.
I- PASSER DES MATIERES PREMIERES AU SAVOIR
La richesse d’un pays ne dépend plus seulement de ses matières premières, la plus grande partie de la valeur vient des idées et du savoir-faire. L’Afrique doit donc former sa jeunesse pour créer de la valeur sur place.
Pour transformer les systèmes éducatifs africains et les aligner sur les réalités économiques, technologiques et culturelles du continent, plusieurs disciplines scolaires doivent être intégrées ou renforcées. L’objectif est de passer d’un modèle hérité de la colonisation à une école d’excellence, ancrée et tournée vers l’avenir de l’Afrique.
- Langues nationales et locales: Utilisation des langues locales dès le primaire pour faciliter l’assimilation des concepts scientifiques et préserver le patrimoine linguistique.
- Histoire générale de l’Afrique: L’introduction systématique dans les outils de l’UNESCO pour enseigner l’histoire du continent du point de vue africain.
- Valeurs traditionnelles et civisme: Transmission des concepts de solidarité communautaire comme l’esprit UBUNTU et de la citoyenneté responsable.
- Intégration régionale et panafricanisme: L’initiation dès le bas âge aux notions de l’intégration africaine comme étant la mise ensemble, la mise en commun des communautés sous régionales africaines en vue d’une Afrique solidaire , forte et Unie au sens des Etats Unis d’Afrique de Marcus Garvey en 1924 dans son poème intitulé « Hail ». Pour cet auteur de la cause noire, l’unification était le seul moyen de rendre aux populations africaines leur dignité et leur puissance face à l’occident.
- Compétences futuristes (codage et Intelligence artificielle): Apprentissage de la programmation, de la robotique et de la gestion des grosses données (big data engineering) dès le secondaire.
- Education financière et entrepreneuriat: Inclure des modules pratiques sur la création d’entreprise, la gestion du budget et l’accès au microcrédit.
- Cyber éducation: Capaciter les jeunes apprenants aux notions de cyber sécurité, sensibilisation aux risques du web, à la protection des données et à l’usage éthique des réseaux sociaux.
L’économie de la connaissance représente aujourd’hui un tournant historique pour l’Afrique, elle offre l’opportunité de s’affranchir de la dépendance aux matières premières en misant sur sa ressource la plus précieuse: la jeunesse.
II- LES GRANDS ENJEUX POUR LE CONTINENT
- L’enjeu démographique et éducatif : L’Afrique dispose de la population la plus jeune au monde. Transformer ce dividende démographique en force économique exige une refonte des systèmes éducatifs. Il s’agit de passer d’un apprentissage théorique à un modèle axé sur la compétence.
- Le Saut Technologique (leapfrogging): Le continent a déjà prouvé sa capacité à sauter des étapes industrielles, notamment avec le succès de la téléphonie mobile et du paiement de mobile à mobile. L’enjeu est de reproduire ce modèle dans l’agriculture connectée, l’intelligence artificielle et l’économie renouvelable.
- La souveraineté intellectuelle et culturelle: L’économie de la connaissance permet à l’Afrique de valoriser ses propres savoirs, notamment sa pharmacopée traditionnelle et son patrimoine culturel, en les protégeant par des brevets et le propriété intellectuelle pour générer de la valeur.
En conclusion, , l’économie de la connaissance ne constitue plus une simple option pour l’Afrique, mais le levier incontournable de sa souveraineté et de son émergence. Face à l’épuisement du modèle traditionnel basé sur l’exploitation des matières brutes, le continent doit impérativement opérer une transition vers la valorisation de son capital immatériel.
MBANDOMANE OYONO Paul, Spécialiste en intégration régionale.



