Dette flottante : l’État fait ses comptes… et règle ses contes

Cinq ans de dettes publiques passent au scanner.

Les vieilles factures publiques vont devoir sortir de l’ombre. Par une lettre-circulaire signée le 19 août 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, lance un nouveau recensement et un audit de la dette flottante de l’État et de ses démembrements pour la période 2020-2025. Autrement dit, l’administration ouvre les placards comptables pour vérifier ce qui s’y cache. Créances impayées, engagements non soldés, factures en souffrance : pendant deux mois, les dossiers devront parler. Une opération qui pourrait réserver quelques surprises, tant la dette flottante a parfois la discrétion d’un invité qui s’installe à table sans jamais demander l’addition. Mais derrière la formule administrative se trouve un enjeu très concret : connaître avec précision ce que l’État doit réellement, afin d’éviter que les arriérés ne s’accumulent dans les angles morts de la dépense publique.
Contrôle
Le périmètre du recensement est particulièrement large. Ministères, universités d’État, établissements publics, collectivités territoriales décentralisées et autres structures assimilées sont appelés à produire leurs dossiers. La Direction générale du Budget devra recevoir les éléments au plus tard le 31 octobre 2026. Il ne s’agit donc pas d’un simple exercice de classement. L’administration entend confronter les déclarations, vérifier la réalité des créances, identifier les engagements effectivement exigibles et disposer d’une photographie consolidée des passifs accumulés entre 2020 et 2025. Pour les fournisseurs de l’État, notamment les entreprises qui attendent le règlement de prestations déjà exécutées, l’enjeu est loin d’être théorique. Des arriérés mal maîtrisés peuvent fragiliser la trésorerie des opérateurs économiques, ralentir l’activité et transformer une dépense publique différée en problème économique bien réel.
Discipline
Cette opération intervient dans un contexte où la gestion des finances publiques exige davantage de traçabilité et de rigueur. Pour l’État, l’objectif est double : assainir la connaissance de ses engagements et renforcer la discipline dans la chaîne de la dépense. La photographie recherchée devra permettre de distinguer les dettes certaines des créances contestées, les engagements budgétaires des véritables obligations de paiement et les dossiers réguliers des éventuelles anomalies. La qualité du résultat dépendra donc moins du nombre de cartons transmis que de la capacité à les auditer sérieusement. Au-delà de l’exercice comptable, le recensement constitue un test de gouvernance financière. Car une dette que l’on ne connaît pas précisément est une dette que l’on maîtrise mal. En mettant cinq années d’arriérés sous surveillance, le gouvernement cherche ainsi à reprendre la main sur une facture publique dont l’addition ne doit plus pouvoir se perdre dans les couloirs de l’administration.
JRMA



