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CEMAC : compter les chômeurs avant de prétendre les aider

Les statistiques du travail cherchent leur révolution en Afrique centrale. Du 19 au 27 août à Brazzaville, les six pays de la CEMAC ont tenté de mettre un peu d’ordre dans leurs façons de compter les travailleurs, les chômeurs et tous ceux qui échappent encore aux radars.

L’atelier régional, conduit sous la houlette de Nicolas Beyeme Nguema, commissaire chargé des départements politique économique, monétaire et financière, a surtout mis en lumière une évidence : sans chiffres comparables, difficile de savoir où va le marché du travail.

Les experts ont passé en revue les systèmes nationaux. Ils ont constaté des méthodes différentes et des difficultés communes. Les pays utilisent plusieurs dispositifs d’enquête sur les ménages. Ces outils ne produisent pas toujours des données directement comparables. Le chantier consiste donc à rapprocher les instruments des normes définies par les 19e, 20e et 21e Conférences internationales des statisticiens du travail.
Les participants ont également travaillé sur l’emploi formel, l’emploi informel et la sous-utilisation de la main-d’œuvre. Ils ont planché sur l’échantillonnage, la pondération et les populations difficiles à atteindre, notamment les personnes déplacées. Le Bureau international du travail a apporté ses outils méthodologiques. Les experts ont notamment testé son questionnaire électronique sur CSPro.

Mais le vrai sujet reste la fréquence. La CEMAC veut passer des enquêtes ponctuelles à des dispositifs trimestriels. L’objectif paraît technique. Il ne l’est pas. Une économie qui ne mesure son marché du travail qu’à intervalles espacés avance avec un rétroviseur. Les chiffres arrivent parfois quand la réalité a déjà changé.
La Commission de la CEMAC devra donc élaborer un cadre harmonisé d’enquêtes sur la main-d’œuvre. Elle devra aussi proposer une feuille de route régionale et un calendrier de mise en œuvre. Les États devront désigner des points focaux dans leurs instituts de statistique. Ils devront surtout mieux exploiter les données de la sécurité sociale, de la fonction publique et des services de l’emploi.

Le BIT poursuivra son assistance technique. Il devra accompagner la CEMAC dans la construction de ce dispositif régional et fournir aux instituts nationaux la documentation nécessaire. Au fond, l’enjeu tient en une question simple : combien sont-ils ? Combien de jeunes cherchent un emploi ? Combien ont renoncé à le chercher ? Combien travaillent sans être correctement comptabilisés ? Nicolas Beyeme Nguema reconnaît lui-même que les statistiques ne répondent pas toujours à ces questions.
Le paradoxe est désormais posé. Les statistiques ne créent pas d’emplois. Mais, comme l’a rappelé le commissaire de la CEMAC, elles peuvent aider à « en créer davantage, de mieux les orienter et d’en rendre compte ». Encore faut-il commencer par compter ceux qui attendent derrière les chiffres.


Bobo. Ousmanou.

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