À Pouma : le mbôngôô sort de la marmite et monte sur scène

Le 8 août prochain, dans cette localité de la Sanaga-Maritime, la troisième Journée gastronomique organisée par HIKUU HI BINGOND BI BASSA promet bien davantage qu’un simple rendez-vous gourmand : une immersion dans l’univers d’un condiment devenu patrimoine.

Le noir profond du mbôngôô ne se contente plus de colorer les casseroles. Il raconte une histoire, convoque une mémoire et revendique une identité. Pour beaucoup de Camerounais, le mbôngôô évoque immédiatement la célèbre sauce ébène, ce plat à la robe sombre dont l’arôme fumé traverse les générations. Mais réduire le mbôngôô à cette seule préparation serait passer à côté de son véritable rôle. Derrière cette épice se cache un marqueur culturel, un héritage culinaire et une manière de raconter le peuple basa’a sans prononcer un seul mot.
À Pouma, les organisateurs veulent justement sortir le mbôngôô de la cuisine pour le replacer au cœur du récit collectif. Au programme, plusieurs déclinaisons gastronomiques mettront en lumière la richesse d’un produit que beaucoup consomment sans en connaître les origines. Les visiteurs pourront déguster des recettes inédites, découvrir les subtilités de la préparation traditionnelle de la mythique sauce ébène et comprendre pourquoi le mbôngôô occupe une place singulière dans les pratiques alimentaires basa’a.
L’événement prend aussi des allures d’université populaire. Nutritionnistes, passionnés de patrimoine et détenteurs des savoirs culinaires partageront les vertus nutritionnelles et thérapeutiques attribuées au mbôngôô, tandis que les anciens reviendront sur les circonstances de son introduction dans l’alimentation traditionnelle. Une transmission qui dépasse largement le simple échange de recettes.
L’ambition est claire : faire dialoguer les générations autour d’un patrimoine comestible. Les plus jeunes viendront peut-être pour les dégustations ; les aînés, eux, retrouveront les saveurs d’une époque où chaque plat racontait une saison, une cérémonie ou un lien familial. Entre les deux, un même constat : la gastronomie est aussi une archive.
Comme lors des précédentes éditions, les mets qui ont marqué les rendez-vous antérieurs seront proposés à la vente, tout comme des compositions culinaires prêtes à l’emploi destinées à prolonger l’expérience une fois rentré à la maison. Une manière d’emporter avec soi un morceau de tradition.
À l’heure où les cuisines du monde cherchent à valoriser leurs produits emblématiques, la communauté basa’a répond avec une recette simple : préserver en cuisinant, transmettre en partageant. À Pouma, le 8 août, le mbôngôô ne sera pas seulement servi à table. Il sera raconté, expliqué, célébré. Et, le temps d’une journée, cette épice noire rappellera qu’un peuple peut aussi se reconnaître dans le parfum qui s’échappe d’une marmite.
Ongoung Zong Bella


