Accès aux médicaments : la faiblesse de la chaine logistique pointée du doigt

Soutenue avec la mention Très Honorable à l’Université de Yaoundé I, la thèse de doctorat PHD du Dr Jeanne Mauricette Mbole dresse un diagnostic sévère du système de distribution des médicaments au Cameroun et propose des solutions pour garantir un meilleur accès aux produits de santé.

« Avoir accès au médicament ne devrait pas être un parcours du combattant. » C’est le constat sans détour dressé par le Dr Jeanne Mauricette Mbole, épouse Mvondo Mendim, à l’occasion de la soutenance de sa thèse de doctorat PHD en sciences pharmaceutiques, option management de la qualité, le 27 juillet dernier à la Faculté de Médecine et des Sciences biomédicales de l’Université de Yaoundé I.
Intitulée « Système de distribution et sécurité médicamenteuse au Cameroun : évaluation et impact sur la population », cette recherche, validée avec la mention très Honorable à l’unanimité du jury, met en lumière les profondes défaillances de la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique, dont les conséquences pèsent directement sur les patients.
Pendant 14 mois, la chercheuse a analysé les structures des trois niveaux de la pyramide sanitaire camerounaise. Son verdict est sans appel : le système actuel compromet la sécurité médicamenteuse et limite l’accès équitable aux médicaments.
L’étude révèle une chaîne d’approvisionnement complexe, marquée par une multiplication d’acteurs publics et privés, parfois dépourvus de légitimité réglementaire. À cela s’ajoute un circuit d’information saturé, reposant sur une multitude d’outils de collecte de données, qui complique la coordination entre les différents intervenants. Au total, 21 causes profondes de dysfonctionnement ont été identifiées.

Les travaux montrent en outre que si les routes qui mènent aux formations sanitaires sont accessibles, le véritable problème se situe au niveau du « dernier kilomètre », celui qui permet d’acheminer les médicaments jusqu’aux centres de santé et aux populations. Selon le Dr Mbole, la motocyclette demeure le principal moyen de transport utilisé, signe d’une logistique encore largement artisanale, notamment dans les zones enclavées.
Cette faiblesse de la chaîne logistique entraîne des ruptures d’approvisionnement, ralentit la distribution des produits de santé et compromet leur disponibilité dans les établissements sanitaires.
Marché illicite
L’une des conséquences les plus préoccupantes mises en évidence par la thèse est la perte de confiance des populations envers le circuit officiel de distribution. « La population est faiblement satisfaite des prix et de la disponibilité des médicaments à l’hôpital. « La population fréquente fortement le marché illicite », révèle l’étude.
Faute de trouver les médicaments prescrits dans les structures de santé ou en raison de leur coût, de nombreux patients se tournent alors vers les circuits parallèles, avec les risques que cela comporte : médicaments de qualité douteuse, produits contrefaits ou mal conservés, absence de traçabilité et exposition accrue aux accidents médicamenteux.

L’étude souligne également qu’à peine la moitié des produits des programmes de santé figurent dans la liste nationale des médicaments essentiels, ce qui accentue les difficultés d’approvisionnement.
Au-delà du diagnostic, le Dr Mbole propose deux nouveaux modèles de distribution destinés à rendre la chaîne d’approvisionnement plus lisible, plus efficace et plus sûre. « Les nouveaux circuits de distribution proposés donnent une meilleure vision de la chaîne d’approvisionnement des médicaments au Cameroun avec des avantages pouvant booster le système de santé dans sa globalité », a-t-elle défendu devant le jury.
Chaque scénario a fait l’objet d’une analyse des bénéfices attendus et des risques potentiels. La chercheuse insiste toutefois sur la nécessité de mettre en œuvre des mesures préventives avant toute réforme afin de limiter les défaillances éventuelles.
Recommandations
Pour améliorer durablement l’accès aux médicaments, le Dr Mbole formule plusieurs recommandations. Au ministère de la Santé publique, elle préconise l’actualisation des textes régissant le Système national d’approvisionnement et la Liste nationale des médicaments essentiels, le renforcement des capacités des ressources humaines, la mise en place d’un véritable management de la qualité ainsi qu’une meilleure communication avec les populations sur les politiques de santé.

Au ministère des Transports, elle recommande d’améliorer les infrastructures routières jusqu’au « dernier kilomètre », indispensable à une distribution efficace des médicaments.
Enfin, elle invite le ministère de l’Enseignement supérieur à intégrer la gestion logistique des produits de santé dans la formation des professionnels du secteur.
Par Julien Efila


