Bassin du Congo : transformer sans détruire, le pari impossible ?

Industrialiser la filière bois sans sacrifier la forêt. La formule semble relever de la quadrature du cercle. Pourtant, c’est bien ce défi qu’entendent relever les participants réunis à Yaoundé autour de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique.

Le défi ressemble à un numéro d’équilibriste. D’un côté, le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie, véritable réservoir de biodiversité et allié majeur dans la lutte contre le changement climatique. De l’autre, des pays d’Afrique centrale qui peinent encore à tirer pleinement profit de cette immense richesse naturelle. Entre les deux, une ambition désormais assumée : industrialiser la filière bois sans faire reculer la forêt.
C’est tout l’enjeu des travaux organisés à Yaoundé sous l’impulsion de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Pendant plusieurs jours, experts, responsables publics et partenaires techniques planchent sur une question devenue centrale pour l’avenir économique de la sous-région : comment créer davantage de valeur ajoutée localement tout en préservant un patrimoine forestier dont dépend aussi l’équilibre climatique mondial ?
Le constat est largement partagé. Pendant des décennies, l’exportation de grumes a constitué le principal modèle économique. Une activité rentable à court terme, mais qui laisse l’essentiel de la transformation, des emplois qualifiés et des revenus industriels aux pays importateurs. Résultat : les États producteurs captent une part limitée de la richesse générée par leur propre ressource.
Depuis quelques années, les lignes bougent. Plusieurs gouvernements encouragent la transformation locale du bois, soutiennent l’installation d’unités industrielles et renforcent progressivement les exigences imposées aux exploitants forestiers. L’objectif est clair : vendre moins de matière brute et davantage de produits finis ou semi-finis capables de dynamiser les économies nationales.
Mais cette industrialisation ne pourra convaincre que si elle s’accompagne de garanties environnementales solides. Augmenter les capacités de transformation ne doit pas conduire à accroître les volumes prélevés dans les forêts. Les experts insistent sur la nécessité de renforcer la gestion durable des concessions, d’améliorer la traçabilité du bois et de lutter plus efficacement contre l’exploitation illégale, qui prive les États de recettes importantes tout en fragilisant les écosystèmes.
L’étude stratégique en préparation à Yaoundé devra précisément proposer une feuille de route conciliant compétitivité industrielle, gouvernance forestière et protection de la biodiversité. Un exercice complexe, mais devenu incontournable à l’heure où les marchés internationaux exigent des chaînes d’approvisionnement toujours plus transparentes et respectueuses des normes environnementales.
Au fond, la question dépasse largement la seule filière bois. Elle interroge le modèle de développement que souhaite bâtir l’Afrique centrale. Continuer à exporter des ressources brutes ou transformer localement pour créer davantage de richesses ? Préserver la forêt tout en répondant aux besoins d’une population en quête d’emplois ? Dans le bassin du Congo, la réponse à cette équation pourrait bien dessiner l’avenir économique et écologique de toute une région.
Bobo Ousmanou


