Cameroun-Colombie : le pari de la paix au féminin
De Bogotá à Yaoundé, une même certitude s’impose : donner toute leur place aux femmes est devenu un levier incontournable pour prévenir les conflits et reconstruire les sociétés.

Et si la paix se construisait d’abord au féminin ? C’est le message porté par la délégation officielle colombienne reçue, lundi 20 juillet 2026, au ministère des Relations extérieures. En visite au Cameroun dans le cadre du programme « De la Colombie vers le Monde », les responsables colombiens sont venus partager une conviction forgée par des décennies de conflit : les femmes ne sont pas seulement des victimes des guerres, elles en sont aussi des artisanes de la paix.
Reçue par le Secrétaire général par intérim du Minrex, au nom du ministre des Relations extérieures, la délégation a placé les échanges sous le signe du dialogue et du retour d’expérience. Au cœur des discussions, un thème s’est imposé : la contribution des femmes dans la prévention des violences, la médiation entre communautés et la reconstruction des territoires meurtris.
Expérience et expertise
En Colombie, où l’accord de paix signé en 2016 a marqué un tournant historique, les organisations féminines ont joué un rôle déterminant. Présentes dans les négociations, engagées dans les communautés rurales et auprès des victimes, elles ont participé à recréer le lien social, à accompagner les familles déplacées et à favoriser la réintégration des anciens combattants. Une expertise que Bogotá souhaite aujourd’hui partager avec d’autres pays confrontés aux mêmes défis.
Au Cameroun, cette réflexion trouve un écho particulier. Entre la lutte contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les femmes sont souvent les premières à maintenir la cohésion des familles, à soutenir les déplacés et à promouvoir le dialogue au sein des communautés. Pourtant, leur présence dans les mécanismes formels de prévention et de résolution des conflits reste encore insuffisante.
Le Secrétaire général par intérim du Minrex a salué cette initiative du gouvernement colombien et réaffirmé la volonté du Cameroun de renforcer une coopération qui dépasse désormais les seuls domaines diplomatiques ou économiques. Les deux pays entendent également échanger sur les politiques de consolidation de la paix et sur les approches favorisant une réconciliation durable.
La délégation poursuivra sa mission par une visite des centres d’accueil des ex-combattants du Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration (CNDDR), dans les régions de l’Extrême-Nord et du Sud-Ouest. L’objectif est d’observer les dispositifs camerounais de réinsertion et d’échanger sur les pratiques permettant de reconstruire des communautés fragilisées par les conflits.
À travers cette coopération Sud-Sud, Yaoundé et Bogotá défendent une idée simple : une paix durable ne se décrète pas. Elle se construit chaque jour, et les femmes en sont souvent les premières bâtisseuses, même lorsqu’elles demeurent les moins visibles.
Ongoung Zong Bella


