CEMAC : l’harmonisation des universités, nouveau chantier de l’intégration

Du 19 au 21 août dernier à Douala, la CEMAC a placé l’harmonisation de l’enseignement supérieur au centre de son agenda communautaire.

Pendant trois jours, experts de la Commission et représentants des États membres ont passé au crible les projets de textes destinés à rapprocher les systèmes universitaires de la sous-région.
L’exercice a semblé technique. Il a pourtant été éminemment politique et stratégique. Car derrière les textes, c’est la circulation des savoirs, des diplômes et des compétences qui est en jeu. Avec une ambition : construire un espace universitaire où les frontières nationales pèseraient moins sur les parcours des étudiants et des chercheurs.
Conduits par Fulgence Likassi-Bokamba, Commissaire de la CEMAC chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, les travaux ont porté sur les instruments juridiques susceptibles de donner une ossature commune aux politiques universitaires des États membres.
La priorité a d’abord été faite à la standardisation académique. Il s’agit de rapprocher les formations, les référentiels et les niveaux de qualification afin de faciliter la reconnaissance des diplômes et la mobilité des étudiants. Un chantier particulièrement sensible dans une région où les différences entre systèmes nationaux peuvent encore compliquer les parcours universitaires.
Deuxième levier : la professionnalisation. Face aux besoins croissants des économies de la CEMAC et aux difficultés d’insertion des jeunes diplômés, l’enseignement supérieur est appelé à mieux coller aux réalités du marché du travail. Les universités doivent produire des connaissances, mais également des compétences directement mobilisables dans les secteurs stratégiques.
La troisième pièce du dispositif concerne l’assurance qualité. La CEMAC veut favoriser l’émergence de standards communs capables de renforcer la crédibilité des établissements et la valeur des formations dispensées dans l’espace communautaire.
Cette convergence universitaire pourrait également donner un nouvel élan à la recherche scientifique. Les États membres sont confrontés à des problématiques similaires — industrialisation, agriculture, santé, numérique, environnement ou changement climatique. Une meilleure coordination des chercheurs et des institutions pourrait donc permettre de mutualiser les compétences et de produire des réponses davantage adaptées aux réalités de l’Afrique centrale.
Mais le véritable test commencera après Douala. L’adoption de textes communs ne suffira pas. Encore faudra-t-il les traduire dans les programmes, les procédures d’accréditation, la mobilité universitaire et la reconnaissance effective des diplômes.
La CEMAC vient ainsi de poser une nouvelle pierre à son édifice intégrateur. Après les marchandises et les capitaux, elle cherche à fluidifier la circulation de ce qui constitue peut-être sa ressource la plus précieuse : le savoir et les compétences.
Bobo Ousmanou



