Changer de chaise et…de rôle : la jeunesse camerounaise monte au filet
À travers le pays, les jeunes ne veulent plus être les figurants de leur propre avenir : ils veulent désormais participer à l’écriture du scénario.

Le décor change et avec lui, le vocabulaire. Pendant longtemps, la jeunesse camerounaise a été regardée comme une population à encadrer, à former, à occuper, parfois même à consoler lorsque les promesses tardaient à produire leurs effets. Désormais, une nouvelle revendication monte : être considérée comme un partenaire, pas comme un bénéficiaire permanent.
Plus qu’un changement sémantique…
Le 11 août dernier, à Yaoundé, les échanges autour de la construction d’une « jeunesse résiliente et inclusive » ont mis cette évolution en lumière. Autour de la table : l’UNFPA, l’UNICEF, ONU Femmes, l’OIM, l’OMS et Plan International Cameroon. Tous ont insisté sur la nécessité de conjuguer les efforts pour répondre aux défis d’une génération confrontée au chômage, aux difficultés d’insertion, à l’inégalité d’accès à la formation, à la précarité et à une représentation encore insuffisante dans les espaces de décision.
Mais les jeunes, eux, commencent à poser une autre question : et si, cette fois, on nous demandait vraiment notre avis avant de décider pour nous ? « Nous ne voulons plus seulement recevoir ». Dans les discussions, le mot « participation » revient comme un refrain. Mais les jeunes veulent davantage qu’une participation décorative, celle qui consiste à être invité à une cérémonie, applaudir quelques discours et repartir avec un badge autour du cou.
Peser sur les décisions
« On parle beaucoup de programmes pour les jeunes, mais on ne demande pas toujours aux jeunes ce dont ils ont réellement besoin », témoigne une jeune participante aux échanges. Pour elle, l’urgence est de passer des consultations ponctuelles à une implication permanente : « Nous connaissons nos difficultés. Nous devons aussi pouvoir proposer les solutions. »
Une autre jeune intervenante résume autrement le sentiment de sa génération : « Nous ne voulons pas qu’on nous ouvre seulement la porte. Nous voulons avoir les clés. »
Voilà qui a le mérite d’être clair. Car la résilience ne se décrète pas depuis un bureau climatisé. Elle se vérifie dans la vie quotidienne : lorsqu’un diplômé transforme enfin sa compétence en emploi, lorsqu’une jeune fille accède à une formation qualifiante, lorsqu’un entrepreneur parvient à faire grandir son activité, lorsqu’un jeune peut participer à une décision qui concerne son avenir.
L’horizon 2035 comme test grandeur nature
La Politique nationale de la jeunesse à l’horizon 2035 arrive ainsi à un moment décisif. Le Cameroun ne manque ni de stratégies, ni de programmes, ni de séminaires sur la jeunesse. Ce qui manque parfois, c’est le passage entre le document officiel et la réalité du terrain.
La jeunesse demande donc un changement de méthode. Santé, emploi, formation, mobilité, citoyenneté, cohésion sociale ou autonomisation des filles ne peuvent être traités en silos. Les organisations présentes à Yaoundé l’ont rappelé : aucun acteur ne peut, à lui seul, résoudre l’équation. Mais la synergie ne doit pas seulement être institutionnelle. Elle doit également être générationnelle.
Faire avec les jeunes plutôt que faire pour eux
La nuance est importante. Faire pour quelqu’un suppose que l’on connaît ses besoins. Faire avec lui suppose qu’on accepte qu’il puisse nous surprendre. Et c’est peut-être là que se trouve le véritable changement de logiciel. Les jeunes ne réclament pas nécessairement de prendre toute la table. Ils veulent simplement cesser d’être ceux à qui l’on demande de patienter dans la salle d’attente.
À l’horizon 2035, le pari sera donc moins de parler de la jeunesse que de lui parler, et surtout de l’écouter. Une politique publique peut parfaitement être bien pensée sur le papier. Mais si ceux auxquels elle est destinée n’ont pas participé à sa conception, elle risque de rester ce que beaucoup de jeunes connaissent déjà : une belle promesse avec une adresse prestigieuse… et un chemin d’accès particulièrement compliqué. Le Cameroun veut une jeunesse résiliente. Il lui faut désormais accepter une jeunesse exigeante, critique et actrice. Car celle-ci ne demande plus seulement une place à table. Elle veut contribuer à fabriquer la table et, pourquoi pas, choisir le menu.
Rémy Biniou


