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Code noir abrogé : en Afrique, le débat sur les réparations refait surface

L’abrogation formelle du Code noir par l’Assemblée nationale française, le 28 mai 2026, a été saluée comme un geste historique de reconnaissance de l’héritage esclavagiste. Mais au Cameroun comme ailleurs en Afrique, cette décision relance une question plus sensible : celle des réparations pour les conséquences économiques, sociales et culturelles de plusieurs siècles de traite négrière et de domination coloniale.

Le code noir, enfin retiré de l’ordonnancement juridique français

Dans les rues du marché central à Yaoundé, l’information est encore peu connue. Rares sont les commerçants qui ont entendu parler de l’abrogation du Code noir par les députés français. Pourtant, lorsque le sujet est expliqué, les réactions ne tardent pas. « Si ce texte considérait des êtres humains comme des biens, il est normal qu’il soit supprimé. Mais cela ne change rien à nos conditions de vie aujourd’hui », estime Pierre Kaoba, commerçant de 27 ans. « La vraie question est de savoir ce que les anciennes puissances coloniales sont prêtes à faire pour réparer les conséquences de cette histoire ».

Le Code noir, promulgué en 1685 sous le règne de Louis XIV, organisait juridiquement l’esclavage dans les colonies françaises. Bien que l’esclavage ait été aboli en 1848, le texte n’avait jamais été formellement retiré du corpus législatif français. Son abrogation, votée à l’unanimité par les députés français, doit encore être examinée par le Sénat.

À l’Université de Yaoundé I, le débat dépasse largement la dimension symbolique. Pour le docteur Assako, les questions mémorielles ne peuvent être dissociées des réalités économiques contemporaines. « Les sociétés africaines continuent de porter les traces de processus historiques anciens. La question n’est pas seulement de reconnaître le passé, mais de comprendre comment ses effets se prolongent dans le présent », explique-t-il.

Dans plusieurs pays africains et caribéens, des organisations plaident désormais pour que les anciennes puissances esclavagistes participent à des programmes de réparation ou d’investissement destinés à corriger certaines inégalités héritées de l’histoire.
À Yaoundé, tous ne partagent cependant pas la même lecture. Assise devant son échoppe au marché Central, Clarisse Zimbi estime que le débat sur les réparations ne doit pas occulter les responsabilités des États africains eux-mêmes. « Nous parlons beaucoup de ce que l’Europe nous doit. Mais il faut aussi parler de la manière dont nos ressources sont gérées aujourd’hui. Les populations attendent d’abord des réponses à leurs problèmes quotidiens », souligne-t-elle. Cette position rejoint celle de plusieurs analystes qui appellent à articuler mémoire historique et gouvernance contemporaine.

Approches
Selon le sociologue Allahoki Jean, les réparations, lorsqu’elles sont évoquées, ne doivent pas être réduites à une simple logique financière. Elles peuvent également prendre la forme de transferts de connaissances, d’investissements éducatifs, de coopération scientifique ou de soutien au développement des infrastructures.

Du côté des institutions africaines, le sujet progresse avec précaution. « Le Cameroun privilégie le dialogue et la coopération avec ses partenaires. Les débats internationaux sur les réparations relèvent d’une réflexion plus large qui implique plusieurs États et organisations régionales », indique un responsable du ministère camerounais des Relations extérieures sous anonymat. Cette prudence contraste avec les prises de position plus affirmées observées dans certaines nations caribéennes.

Nouvelle séquence
Pour de nombreux observateurs, l’abrogation du Code noir constitue moins l’aboutissement d’un processus que l’ouverture d’une nouvelle séquence politique et mémorielle. Dans le quartier populaire de Mélen, Jean-Claude Essomba, étudiant en droit, y voit un précédent important. « Pendant longtemps, certains considéraient ce texte comme un détail historique. Aujourd’hui, sa suppression montre que les questions de mémoire restent vivantes. Cela ouvre forcément des discussions sur les responsabilités et leurs conséquences », affirme-t-il.

À court terme, le vote français a surtout une portée symbolique. Mais à plus long terme, il pourrait contribuer à renforcer un débat déjà présent dans les universités, les organisations panafricanistes et certaines institutions internationales : celui de la réparation des injustices historiques.
Pour les populations africaines, la question ne se limite plus à savoir si l’esclavage fut un crime. Sur ce point, le consensus est largement établi. Le débat porte désormais sur une autre interrogation : comment traduire cette reconnaissance en politiques concrètes capables d’agir sur les héritages encore visibles de cette histoire ?

Tom

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